‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 101 sur 212 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sonnes, sans préjudice des déjeuners, des lunchs el des soupers.

Nous parlimes à la conquête d’un diner, Arthur un peu confus de nous avoir vanté Saratoga comme un lieu de délices, le colonel et moi bien décidés à nous procurer la nourriture par tous les moyens de droit ou de force en notre pouvoir.

En pénétrant dans l’intérieur de l'hôtel, nous trouvàmes toutes les chaises de la salle à manger gardées par l’armée de domestiques nègres qui règne en souveraine despote sur les voyageurs qu'elle exploite abominablement. D'après ces mauricauds, tous les siéges étaient retenus pour des dames. Le colonel fixa sur une de ces sentinelles trop vigilantes un regard courroucé qui n’eut d'autre effet que de faire rire le nègre d’un de ces rires bêtes et agaçants dont ils ont le secret,

— Si je le tuais d’un coup de poing ! me dit très-sérieusement le colonel !

— Donnez-lui plutôt un dollar.

Sir James suivit mon conseil et nous eûmes trois chaises.

Comme nous finissions de diner, ce même nègre s'approcha d'Arthur pour lui faire une communication importante.

— Monsieur, lui dit-il, u1 voyageur qui occupe depuis près d’un mois une des meilleures chambres de l'hôtel, offre de vous la céder moyennant une légère indemnité de cent dollars. Vous y seriez tous les trois à merveille. Ce monsieur sait votre embarras, il vous a vu, et votre personne lui ayant plu, il consentirait à quitter la ville ce soir même, pour vous céder. sa place; ce que, dans les circonstances actuelles, vous pouvez considérer comme une roue véritable de sa part.

Arthur, très-flatté d’avoir inspiré une semblable

sympathie à une personne qui n'avait fait que l’apercevoir, fit part de cette proposition au colonel qui s'empressa de l’accepter,

— Mais au moins, dit Arthur, que je voie ce galant étranger pour lui serrer la main et le reinercier,

— C'est inutile, répondit le nègre, ce que ce gentleman fait, il le fait avec plaisir, et il n’exige de vous aucune reconnaissance.

Le colonel compta les cent dollars au domestique qui revint quelques minutes après en nous annonçant que le monsieur élant parti, nous pAToes entrer en possession de la chambre.

— Vous a-t-il, demanda Arthur au domestique, donné un bon pourboire,

— C'est un homme aussi généreux que délicat, répoudit le nègre.

— J'en étais sûr, fit Arthur.

— Il a ouvert un large coffre tout rempli de belles montres, de chaînes et de breloques, et il m'a donné élférgourmette en argent qui vaut bien dix dollars.

Arthur prit'la gourmette, l’examina et faillit tomber en faiblesse, la face sur le plat de crème qu'il était en train de manger.

— Ah!le misérable, soupira-t-il... c'était lui !

— Qui, lui ? demanda le colonel.

— Lui-même, reprit Arthur, qui, après m'avoir volé toutes mes montres, se sauve en m’emportant.. c’eslà-dire en vous emportant cent dollars.

La figure du pauvre Arthur était si piteuse, et la surprise du nègre qui ne comprenait rien à cette scène si originale et si burlesque, que le colonel et moi nous parlimes spontanément d’un éclat de rire. Arthurvoulut courir après le fugitif; malheureusement personne ne put le renseigner sur la route qu’il avait prise, et les chemins de fer vont vite aux États-Unis. Le colonel

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