CHAPITRE XI
Ainsi les Américains accordent aux Indiens de toutes les tribus, le passage gratuit sur loutes les voies ferrées et les bateaux à vapeur, voulant offrir cette faible compensalion à une race d'hommes qu'ils ont trahis, spoliés et décimés horriblement par la guerre et lesémigrations lointaines et forcées. Les Indiens, en très-petit nombre d'ailleurs, qui voyagent dans l'intérieur des États- Unis, profitent de la facilité qui leur est offerte, mais ils ne remercient jamais, Ils montent à bord sans souffler mot, débarquent de même, et restent pendant tout le trajet, silencieux et immobiles dans un coin. Doués d’un remarquable esprit d'observation, ils joignent à une grande énergie qui les rend parfois très-cruels, une générosité toute chevaleresque et une hospitalité sans bornes. Quelques peuplades pourtant sont douces et pourraient être dénnées en exemple aux Européens pour la dignité, la loyauté, le respect de la famille.
Lorsque les Français remontèrent le Saint-Laurent, ils trouvèrent sur la rive droite de ce fleuve les Jroquois constitués en république. D'après MM. Cobden, Schoolcraft, Chateaubriand etGrégoire Jeanne, les vieillardsou sachems avaient autorité sur leurs nations respectives, mais c'était une simple autorité d'opinion. La violence et la force brutale étaient inconnues dans cette république soi-disant sauvage. La honte et le mépris étaient la seule punition du criminel; les seules récompenses consistaient dans le respect de tous et la gloire d'avoir bien fait. La vieillesse était chez les Iroquois aussi vénérée qu’à Sparte; lachasteté était considérée comme une vertu, et la polygamie, sinon prohibée, du moins déconsidérée.
C'était là toute la police, toule la politique des Iroquois, et ils s'en trouvaient fort bien. Sans les guerres cruelles. et exterminatrices qu'ils étaient obligés de soutenir, qui peut dire que ce peuple de sauvages n’eût
pas grandi ct qu’il ne se fût pas élevé au premier rang des peuples civilisés? Les Iroquois, braves, sobres et infatigables, avaient si bien la conscience de leur supériorité, qu'ils se donnèrent le titre d’oryne howve, c'est-à-dire de plus grands que les autres.
J'ai parlé de l'énergie et de la générosité des Indiens en général, en voici un exemple.
Un jour un jeune Chactas tue un vieillard. La tribu s'assemble et condamne à mort l’assassin. Après que la sentence est prononcée, une femme fend la foule et demande à parler aux juges. On l'écoute : Je suis, ditclle, la mère du coupable, et je viens demander la faveur de mourir à sa place. Tom est jeune et je suis vieille, il a des enfants et une femme et je n'ai que lui, En outre, il a tué un vieillard qui n'avait plus que peu de jours à vivre, et ce serait uné honte pour vous de vouloir prendre une neuve chemise pour une vieille. Les juges acceptèrent l'offre de la mère qui, sans perdre de temps, alla au village voisin dans la cabane d’un colon.
— Faites-moi, lui dit-elle, un cercueil.
— Pour qui? demanda le colon.
— Pour moi-même, répondit l’Indienne.
Le colon confectionna le coffre funèbre et le remit à celle femme magnanime qui le porta sur son dos, et fut mise à mort deux heures après.
Ce trait caractéristique a pour pendant un trait de générosité chevaleresque auquel les dames de Washinglon ont donné un relief qui l’a rendu célèbre dans tout le Nouveau Monde.
Le fils d'un chef de Pawnies, jeune et aussi brave que beau, sauva par une action hardie .et généreuse, une jeune femme de la nation des Padoncas, faite prisonnière el condamnée comme telle à être brülée vive. Dans ce temps-là, les Pawnies étaient aussi odieusement féroces que le sont à cette heure dans notre
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