CHAPITRE XI
monde soi-disant civilisé, les Russes envers les Polonais. On avait attaché la prisonnière à un arbre autour duquel de la paille était entassée avec de menu bois. On allait y mettre le feu, absolument comme font les soldats russes à l'égard des Polonais, lorsque le fils du
chef des Pawnies se précipita au galop de son cheval
sur la malheureuse femme tremblante de terreur, la prit en croupe, et partit dans la plaine, au milieu de la stupéfaction générale des Indiens accourus pour être témoins de l’auto-dafé de la prisonnière. Quelques jours après la jeune femme était rendue à sa famille, et le guerrier rentrait dans sa tribu. Sa popularité était telle, et sa réputation de bravoure si bien établie, que personne n'osa lui demander compte de sa conduite. Ce trait de générosité et d'humanité ne put s’exphuuer aux Pawnies, que comme une inspiration du Grand-Esprit: Aussi à dater de ce jour cessèrent-ils complétement les sacrifices humains, et ne brûlérentils plus leurs prisonniers de guerre,
En apprenant la belle conduite du généreux Pawnie, quelques dames et demoiselles de la société de Washington, se cotisèrent pour lui envoyer un gage de leur sympathie et de leur admiration. Ce présent était accompagné de la lettre suivante :
« Frère, acceptez ce souveni: de notre estime, gar- « dez-le toujours en mémoire de nous, et quand vous « aurez encore le pouvoir de sauver une pauvre femme « de la mort et des tortures, pensez à ce souvenir et à «nous, et volez à son secours et à sa liberté. »
Le guerrier accepta le présent des dames de Washinglon, et répondit à leur lettre par la lettre suivante traduite littéralement :
« Sœurs, ce cadeau me donnera plus de courage que «je n'en ai jamais eu, el j'écouterai les blancs plus «.que je ne l'ai fait.
« Je suis content que mes sœurs aient appris la « bonne action que j’ai faite. Mes sœurs pensent que « j'ai agi par ignorance, mais maintenant je sais ce « que je fais.
« En effet, j'ai agi par ignorance, sans savoir que « c'élait une bonne action, mais ce cadeau et cette « lettre m'apprennent que j'ai bien agi. »
Ceci prouve que si les. femmes voulaient se mêler d’instruire et de civiliser les Indiens, elles y réussiraient infiniment mieux que MM. les Yankees. On a fort mal compris jusqu’à présent le caractère de cette race qui périra tout entière jusqu'au dernier homme plutôt que de se soumettre au joug despotique et insolent des Américains. Sans doute les Indiens se sont bien souvent montrés cruels envers les blancs; mais il ne faut pas oublier qu'ils agissent par représailles, et que l'amour de la vengeance est chez eux une vertu. «Ils ne croient pas être méchants et croient être justes dans leurs vengeances; ce sont à leurs yeux des représailles . ou, pour mieux dire, des réparations que leur honneur les oblige de se faire. Les blancs leur ont fait et leur font ‘ant de tort qu’avec l'idée que les Indiens ont de l’honneur, du droit et de la justice, il n’est pas étonnant de les voir user à l'égard des blancs des mêmes traitements dont ceux-ci ont usé envers les Indiens. » Ces paroles sont de l’homme qui a le mieux étudié les peuplades sauvages de l'Amérique, et dont le magnifique ouvrage sur les grands déserts du Nouveau Monde, a le plus contribué à faire connaître cette race de malheureux Indiens. Il les a rendus sympathiques à tous et peut-être lui devront-ils quelque amélioration dans leur position, si la convoitise poussée jusqu’au vertige laisse une place au sentiment de justice dans le cœur des possesseurs du nouveau continent. Je veux parler de M. l'abbé Domenech, missionnaire