‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 117 sur 212 · CHAPITRE XIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIE

Toujours est-il que, jusqu'en 120, la Vi ginie fut exempte de la souillure de l'esclavage, Un mavire h landais, dans le mois d'août de cette année, remo le James-river et vendit vingt nègres aux Virginie Aujourd'hui un seul individu de cet État de Virgimie, M. Samuel Hartson, possède près de deux mille nègres

et négresses. Les naissances dans ces familles d'es-

claves s'élèvent à une moyenne de cent par an, et l'on estime à cinq millions de piastres, plus de vingt millions de francs, la valeur de ces troupeaux humains. La question de l'esclavage, on ne saurait le dissimuler, a été, dès la formation de l'Union, la pierre d'achoppement de la tranquillité publique. L'esclavage existait dans presque tous les treize États originaires, quand l'indépendance fut proclamée. Il eût été bien difficile alors d’émanciper les noirs, et il n'était pas

moins difficile pour Ja jeune république de vivre long--

temps et de prospérer en paix avec le virus de l’esclavage. Cette hideuse institution apparaît comme un horrible cancer social, apportant dans l’organisation des peuples les mêmes ravages que le cancer dans l’organisalion des individus, À moins d’un remède héroïque, à moins d’extirper le mal jusque dans ses plus profondes racines, la nalion atteinte d’esclavage, à l'égal de l’homme atteint de cancer, doit infailliblement périr par la désorganisation lente mais constante et fatale de toutes ses forces vives, de tous ses éléments constitutifs, La très-grande majorité de la nation a le sentiment de cette vérilé en Amérique; aussi veut-elle sincèrement en principe l’abolilion de l’esclavage. Les possesseurs de nègres eux-mêmes ne sont pas tellement aveuglés par leur intérêt per-

« parmi vous. Vous les achèterez d'eux et ils seront votre pro- « priété. Vous les transmettrez par héritage à vos enfants après « vous, comme propriété, et ils seront vos esclaves à perpétuité. »

sonnel, qu'ils ne comprennent le danger de maintenir cette institution réprouvée de toutes les nations civilisées. Un jour un membre du congrès envoyé par le Sud, répondant à un autre membre qui venait de prononcer un discours sur l'abolition de l’esclavage, dit : « Indemnisez-nous de la valeur de nos nègres qui sont notre propriété légale en vertu de la constitution, puis envoyez-nous des hommes libres que nous payerons de bon cœur pour travailler dans nos plantations, et nous serons alors abolitionnistes comme vous. » On le voit, c'est moins le désir de conserver des esclaves que celui d'entrer en possession de l’argent qu'ils représentent, qui anime les possesseurs de nères. Sans doute, il est difficile de concilier tous les intérêts, mais l'esclavage, condamné par l'esprit de l'Évangile autant que par le droit naturel et la dignité humaine, disparattra des États-Unis, nous n'en saurions douter, comme il a disparu de toutes les anciennes colonies espagnoles, où les noirs étaient considérés et traités comme de véritables bêtes brutes. Dans certains endroits de la Colombie, en effet, des nègres esclaves faisaient le service des bêtes de somme. C'éiaient eux qui, à défaut de mulets, transportaient d’un pays à un autre les voyageurs en les portant sur leur dos. Des selles particulières étaient confectionnées à cet effet. A ces selles se trouvaient suspendus des étriers. Le nègre se courbait, le blanc l’enfourchait et se faisait ainsi porter plus ou moins commodément durant plusieurs heures souvent. Quand le nègre se trouvait fatigué et qu'il ralentissait le pas, son cavalier le stimulait de la parole et de la cravache. Personne en ce temps-là ne se faisait scrupule de monter à nègre.

L'esclavage seul a divisé les Américains en donnant naissance à un grand nombre de sectes politiques. C’est la question des esclaves portée dans le Missouri,

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