CHAPITRE XIII
qui pour la première fois mit la dissension entre les csprits. Après le fameux compromis du Missouri (1819-20), on vit se former des partis politiques qui se dessinèrent clairement aux élections présidentielles. Ces partis furent personnifiés par Jackson, Adams, Crawford et Clay. Le vieux parti fédéral s'était graduellement éteint sous la présidence de Monroe, lorsqu'après l'élection par la chambre de M. Adams à la présidence, survint une réaction populaire qui amena triomphalement, en 1828, le général Jackson au pouvoir. C’est de ce moment que se trouvent définitivement constitués le parti démocratique et le parti whig.
Le compromis du Missouri ne fut qu'un palliatif: il écarla le danger présent tout en laissant subsister la question avec les partis politiques. Toutefois, de 1829 à 1841, sous la présidence de Jackson, de Van Buren, de Harrison et de Taylor, la question de l'esclavage sommeilla sous la pression du compromis. Elle ne se réveilla que lors de l'annexion du Texas en 1844. Alors arriva au pouvoir le parti démocratique qui formait et qui forme peut-être encore aujourd’hui le grand parti de la nation. Néanmoins il ne dut son succès aux élections qu'à une diversion radicale anti-esclavagiste du parti whig qui, en perdant 15,000 votes d'opposition contre M. Burnez, candidat abolitionniste, mit l'État de New-York du côté de Bek par une pluralité de 5,000 voix.
A partir de ce moment, l'élément abolitionniste commença à travailler les deux partis démocratique et whig.
En 1844, Marlin Van Buren, par son programme anli-esclavagiste indépendant (1), releva : balance
. (1) Ce parti avait pour but l'abolition de l'esclavage, mais sans ligne de conduite tracée d'avance. 11 se proposait d'agir au mieux
des voles dans l'Élat de New-York. L'effet de ce programme, tout nouveau alors, fut de battre le général Cass, candidat démocratique régulier, en déterminant l'élection du général Taylor, candidat whig; mais, en 1852, lors de la discussion sur le compromis par Henri Clay, l’âme du parti whig, les démocrates eurent le dessus, et le parti whig, entièrement désorganisé, ne reparut plus dans l’arène politique.
Le rappel du compromis du Missouri en 1854 faillit renverser en 1856 le parti démocratique qui fut sauvé par l'intervention des Knownothings, dont la politique étroile, dissolvante et intéressée, n’eût pu tenir longtemps contre le bon sens des majorités. Ce parti n'existe plus aujourd’hui.
Telle est en quelques lignes l’histoire des sectes politiques aux États-Unis, jusqu’à l'élection décisive du président actuel. Abraham Lincoln, par son programme abolitionniste radical, a versé dans le vase déjà plein des passions irrilées la goutle d’eau qui l’a fait déborder. Par la force des choses, fatalement, il devait susciler l’épouvantable guerre civile qui désole en ce moment l'Amérique. On n'échappe point à sa destinée, et celle de cet homme semble providentielle. Lincoln est le fils d’un de ces vaillants pionniers de la civilisation aux États-Unis, mort victime de son courage dans une rencontre avec les Indiens. Ce n’est point, comme on l’a dit et répété en France, où l’on dit et où l’on répète tant de choses sur l'Amérique, en combattant les Sauvages, qu’Abraham Lincoln gagna ses épaulettes d'officier. Parti comme volontaire, il fut nommé capitaine après la pénible et périlleuse campagne du Mexique. De retour dans sa patrie, M. Lincoln fit ses
des intérêts communs de la nation tout entière, suivant les circons tances,