‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 12 sur 212 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

autres sifflcraient, d'autres enfin marqueraient le hythme en frappant contre un objet quelconque. Mais s malelouts anglais ou américains ont toujours leur aganini, qui sait, sur une ou plusieurs cordes, racler n air de gigue, et c'est autant qu'il en faut dans la eronslance. Le quadrille a donc lieu et se prolonge par-

pis depuis le matin jusqu'à l'heure du diner.

Le service de la table à bord des vapeurs anglais, articulièremient à bord du Persia, est d'un luxe vériblement princier. La table est couverte de surlouls em gent ciselé, et les trois services des diners de gala ne issent rien à désirer. La glace est fournie en abonance pendant tout le trajet et rentre dans le prix du assage, qui est de 750 francs pour la première classe @t de 375 francs pour la seconde. Le vin seul se paye Lomme extra, et il se vend très-cher,

Après le dîner on joue aux cartes, et ce qui ne devrait être qu’une simple distraction dégénère souvent en une passion coupable. Il n’est pas rare de voir des gens se ruiner entièrement pendant les neuf à dix jours que mettent d'ordinaire les steamers à franchir l'Océan, Le capitaine seul aurait l’autorité nécessaire pour empêcher ces excès; mais il est trop occupé de la dirceion du navire pour surveiller les joueurs abandonnés à eux-mêmes.

Il y a aussi à bord des steamers une bibliothèque dont les rayons regorgent de livres, et qui promet aux

esprits sludieux une lecture variée, On approche, et

l’on reconnaît, non sans étonnement, que eclle magnifique bibliothèque ne renferme qu'un seul ouvrage traduit dans toutes les langues et imprimé dans tous

bles formats possibles, Cet ouvrage, on l'a deviné, c'est

la Bible. Personne n'y touche autrement que pour en admirer la reliure; mais cela fait très-bien au point de vuc moral. Le dimanche, le service divin a lieu à

midi, Deux cordes sont tendues en travers du pont pour laisser aux officiants l’espace nécessaire à la cérémonie. Sur les deux côtés du pont se rangent en file les quatre-vingts ou cent hommes d'équipage que portent d'ordinaire les grands steamers transatlantiques. Tous ces marins sont en grand uniforme et se tiennent debout. Le capitaine paraît portant une Bible sur un coussin de velours rouge, et tout se passe à peu près comme dans les temples protestants.

Ce qu'il y a de plus à craindre en mer, c’est le feu. Aussi les précautions les plus minutieuses sont-elles p'ises pour éviter tout accident de celte nature. Le steward seul a le droit d'ouvrir les récipients de verre très-épais qui renferment les bougies dont les cabines sont éclairées. À onze heures du soir, ces bougies sont éteintes. A celte heure de la nuit, les passagers doivent être couchés. Si quelqu'un veut veiller sur le pont au delà du temps fixé, il trouve sa cabine fermée à clef, et se voit forcé, pour ne pas dormir à la belle étoile, — quand il ne pleut pas, — d’avoir recours à la complaisance du steward. Le tarif de cette complaisance est fixé à un dollar (cinq franes et vingt centimes). Il en coûle beaucoup plus cher quand, contrairement aux règlements, on se permet de fumer dans son lit. Les fumeurs sont d'autant plus coupables, quand ils enfreignent ces sages dispositions, que, sur l'arrière du navire, près du gouvernail, se trouve une chambre qui leur est réservée.

Le matin, les voyageurs envahissent les salons de coiffure, où d’habiles barbiers vous rasent ct vous frisent, malgré le roulis, d’une main aussi sûre que légère.

Les capitaines des steamers transatlantiques reçoivent un traitement fixe qui varie de vingt-cinq à trente mille francs par an. À côlé de ce salaire élevé, ils se

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