CHAPITRE XIV
de fer, où vous n'aurez rien de mieux à faire que de m'écouter parler; jusque-là laissez-moi réfléchir.
— Soit, dit le colonel; mais vous n'aurez pas longtemps à réfléchir; car nous partons demain matin.
Le lendemain matin, en effet, nous partions pour Charleston.
En chemin de fer, Arthur ayant fermé le mieux possible le tiroir de la mélancolie pour ouvrir le plus possible celui de la joyeuse humeur, prit la parole en ces termes :
C'était, il y a quelques années, à l'ouverture des chambres. Devant un hôtel citué non loin de la Maison Blanche, stationnaient un certain nombre de curieux. Ils attendaient le moment où le chef d’une tribu de sauvages comanches devait sortir de l'hôtel où il logeait depuis la veille, pour porter au président des réclamations relatives à un traité que les visages pâles ne lui semblaient pas observer assez scrupuleusement.
Les visages pâles, c’est-à-dire les Américains, abandonnent aux sauvages, el le plus facilement du monde, les terres qu’ils jugent inutiles; mais, nous le savons, dès que ces terres deviennent cultivables pour eux, les visages pâles s’en emparent, et, si les sauvages leur font quelques objections à ce sujet, ils argumentent volontiers à coups de fusil.
De.temps à autre on voit donc arriver à Washington des chefs de tribus qui viennent réclamer leurs droits méconnus.
La foule qui encombrait les abords de l’hôtel n'eut pas longtemps à altendre. Le chef des Comanches se montra escorté du sous-chef et de trois autres sauvages, tous affreusement tatoués et ornés de mille enjolivements, tels que grelots, médailles, graines rouges, verroteries, elc. Ils portaient en outre l’indispensable casse-tête, que ces hommes primitifs tiennent
à la main en guise de badine, pour se donner une contenance et vous casser réellement la tête, si l’occasion se présente.
Le chef des Comanches se nommait Torrent dévastaleur, et le sous-chef Lumière d'harmonie.
Vous saurez bientôt pourquoi ce beau nom de Lumière d'harmonie avait été donné au second chef des Comanches.
Les sauvages se dirigèrent par la belle avenue de Pensylvanie vers la Maison Blanche, où ils eurent avec le président de la république une longue conférence.
Il n’est pas au monde de plns fins diplomates que les sauvages ; leur magnifique langage, tout rempli de belles images, cache souvent l'astuce. En voici un exemple.
Au temps où l’Amérique du Nord était encore sous la domination britannique, un chef indien entra en négociation avec un grand dignitaire anglais, dont le costume riche et brillant excila sa convoitise. Le sauvage ne manifesta aucun désir, mais chercha le moyen de s'approprier, par la ruse, les beaux habits de l’étranger.
Quand la négociation fut terminée, l’Indien dit à l'Anglais :
— J'ai fait un rêve, seigneur.
— Et qu'avez-vous rêvé ? répondit l’Anglais.
— J'ai rêvé, seigneur, que, retourné dans mes États, je me voyais entouré de mes sujets dans le beau costume que vous portez en ce moment. J'étais heureux. Malheureusement le songe s'évanouit bientôt pour faire place à Ja réalité, et de ce rêve enchanteur il ne me reste que des regrets superflus.
— Il ne sera pas dit, répliqua l'Anglais, qu’un chef puissant, qui dispose à son gré d’un peuple nombreux et de vastes territoires, emporte le moindre regret de
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