CHAPITRE XIV
son entrevue avec un sujet de Sa Majesté Britarnique. Ceshabits vous seront remis aujourd’hui même. Mais, à mon tour, ajouta-t-il, j'ai fait un rêve que la réalité a vu s'évanouir. J'ai rêvé que j'étais seul propriétaire des vastes terrains à vous appartenant, et qui environnent nos établissements jusque sur les bords du Mississipi. De ce songe, hélas! il ne me reste à cette heure qu’un doux souvenir mêlé de regrets.
— Ces terres sont saines ct fertiles, répondit à son tour le sauvage, je vous les donne; car si le chef de ma race sait accepter, il sait aussi donner. Seulement, ajouta le rusé sauvage en jetant sur l'Anglais un regard profond et malin, je ne veux plus rêver avec vous.
Cette fois, par extraordinaire, l’homme civilisé s'était montré plus rusé que le rusé sauvage.
J'ajouterai que cette partie de terrain si adroitement enlevée à l’orgueil du chef indien a conservé le nom de Dreaming Land (terre des songes).
— Le faitest, dit le colonel avec une satisfaction : visible, que mon intelligent compatriote n’a pas manqué de présence d’esprit en celte occasion.
—: Je reviens à mon histoire, dit Arthur.
En sortant de la maison présidentielle pour rentrer à son hôtel, la Lumière d’harmonie ne put retenir, à la vue d’une femme confondue dans la foule, un cri rauque accompagné d’un mouvement de surprise.
Cet incident n’eut pas immédiatement d’autre suite.
Mais, dans la soirée de ce jour, un homme enveloppé d’un large manteau frappait mystérieusement à la porte de la chambre d’une jeune lingère française, établie depuis quelques mois seulement à Washington.
— Qui est là? dit en anglais, d’une voix surprise et un peu effrayée, la marchande lingère, dont la pelite boutique venait d’être fermée.
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— C'est moi, Florentine, répond en français l'inconnu, — Ah! vous êtes Français, ajoute la lingère d’un ton plus rassuré ; c’est un titre à mes yeux, mais il ne suffit pas à celte heure avancée. Si c’est pour affaires, revenez demain; je ne puis vous recevoir aujourd'hui, — Ouvre, Florentine; ouvre à ton malheureux cousin, qui n’a pas pour te voir le choix du moment. — Mon cousin ! c'est impossible.
— Je t'assure que c’est bien moi, Léopold Cadenas, | faubourg Saint-Denis, 34, au cinquième, sur le derrière. ! Cette indicatjon était on ne peut plus précise; la lingère d’ailleurs n'était pas seule dans la chambre | qu’elle habitait avec une vieille dame américaine. Elle | se décida donc à ouvrir la porte au visiteur nocturne. | Mais à peine ce dernier s’élait-il montré, que la lingère | poussant un cri de surprise et d'horreur:
— Mon Dieu ! quel est ce sauvage ? i — Ce sauvage n'est autre que ton infortuné cousin qui l'aime et L’a toujours aimée; reconnais ma voix. — Horreur ! c’est bien lui, mais dans quel état, Seigneur Dieu !
— Rouge et tatoué, je le sais; en changeant de profession, il m’a aussi fallu changer de peau.
— Comment! c’est bientoi, mon pauvre Léopold ? Je n’en reviens pas !
— Oui, c'est moi, devenu sauvage par nécessité ; les vents, les flots et les hommes sont changeants. — Mais par quelle suite d'événements cette trans- 1 formation s’est-elle opérée ? Comment as-tu quitté la France au moment où...
— Ah! ne renouvelle pas mes douleurs, car, si mon visage s’est enlaidi, mon cœur est resté le même pour toi. Ne me laisseras-tu pas t’embrasser, ma toujours bonne et charmante cousine ?
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d'un silne aires, d'hui.
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