CHAPITRE XVII
claves, aiguillonnés du désir de liberté. Oh ! la liberté! peste morale, infernale conceptiun de la démagogie, que d'excellents esclaves vous avez perdus |
On allait faire des recherches dans le ruisseau, lorsque les chiens mirent le nez au vent et partirent de nouveau avec frénésie.
— Il n’est pas mort ! dirent avec joie les chasseurs d'hommes.
En effet, James n'était pas mort. On le vit avec des jarrets d'acier traverser une plaine pour rentrer dans la forêt. Il avait fait près d’uu quart de lieue en nagcant sous l’eau. De temps en temps il mettait la tête à la surface pour humer un peu d'air, et disparaissait aussitôt. James, à l’égal de beaucoup de gens de sa race, nageait comme un poisson.
Chiens et hommes ne lardèrent pas à pénétrer dans la forêt à la suite du fugilif, qui, épuisé de fatigue et horriblement mordu au visage et par tout le corps, s'était blotti dans l'écorce d’un vieux arbre. Les dogues découvrirent sa retraite, et il s’en suivit une nouvelle lutte, lutte inégale entre les animaux et l’homme. Mordu de nouveau, les jambes en lambeaux, il eut encore le courage de grimper après l'arbre, où les chiens ne purent le suivre.
— Ah lab! fit le planteur dont la colère aimait à se traduire par des sarcasmes, il faut avouer que tu es un gibier difficile à prendre, bien que tu n'aies que deux pattes. Peste ! mon gaillard, tu cours et tu nages bien... Mais tu es mal sur ces branches... Descends et viens avec nous.
— Soyez maudit, dit James d’une voix altérée par les douleurs atroces qu’il endurait.
— Des gros mots ! Ne vois-tu pas que, si je n'ai pas le bras assez long pour l'aider à descendre, ma carabine pourrait bien faire cet office?
— Dicu vous punira; il est pour les opprimés contre les oppresseurs.
— Ilest pour les forts, imbécile! dit le planteur qui avait une singulière manière d'interpréter les préceptes de l'Évangile. Dieu n’a-t-il pas dit : « Rendez à César ce qui appartient à César? » Je suis ton César, tu m’appartiens, et j'ai le droit de te prier de descendre de dessus ton arbre, ou de t’ÿ décrocher, si tu n’obéis pas à ma prière.
— Betzy ! exclama l’esclave d’une voix de plus en plus affaiblie par la souffrance et le sang qu’il perdait.
— Vous le voyez, fit le planteur d’un air goguenard, c’est l'amour qui l’a conduit là. Ah çà ! tu l’aimes donc bien, cette Betzy ?
— Si je l'aime! dit l’esclave avec exaltation, oh! oui, je l’aime ! et de toutes les forces de mon âme. Quand je pense à Betzy, mes misères disparaissent, et je m’enivre au souvenir de sa voix lorsqu'elle me dit: « James, je t'aime! »
— Ah! elle t’a dit cela, pourceau sans groin, singe coiffé ?
— Elle me l’a dit, et si après la mort il nous reste le souvenir de celte vie, l’image de Betzy me suivra dans un monde meilleur.
— Et sije ne veux pas que tu l’aimes? dit d’une voix tonnante le planteur.
— Je l’aimerai tout de même. |
— Tu me rargues ? celle insolence sera la dernière !
Et il ajusta de sa carabine l’esclave qui fit un geste suppliant.
— Tu as peur, dit le planteur.
— Oui, je crains la mort, parce qu’en mourant je ne reverrai plus Betzy.
— Tu comptes donc sur ta grâce?
— Je l'espère, du moins, car mes blessures ne sont
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