CHAPITRE XVIII
verts depuis minuit jusqu’à midi, et dans lesquels on se promène souvent pour le seul plaisir de se rencontrer et de se conter les nouvelles du jour.
Ce qui m'a lé plus frappé à la Nouvelle-Orléans, c’est le port formé par le Mississipi. Il n'a pas moins, devant la ville, de cent pieds de profondeur sur deux kilomètres de largeur.
La nature a doté les États-Unis d'un splendide réseau de fleuves et de rivières, de lacs et de cours d’eau de toutes sorles, qui sont un des principaux éléments de leur prospérité. Quel mouvement grandiose sur toutes ces grandes routes qui marchent elles-mêmes, suivant l'heureuse expression de Pascal. Parlout sur ces immenses lacs, sur l’Hudson, sur le Missouri, sur le Mississipi, on voyait avant la guerre sillonner la flotte des steamboats, d’une dimension et d’un luxe qu’on ne trouve qu'en Amérique. Le Mississipi surtout offrait sous ce rapport un spectacle sans égal.
Ce fleuve, le plus grand de tous les fleuves navigables, est orné, comme pour récréer les yeux du voyageur, de plus de cent îles dont quelques-unes de grande étendue. Elles sont néanmoins inhabitées pour la plupart, ct portent pour toute désignation un simple numéro d'ordre.
Le Mississipi roule des eaux d’un jaune foncé contenant du natron, substance à laquelle les naturalistes attribuent en partie la fécondité du sol qui en estarrosé.
Les commères des bords du Mississipi attribuent au natron un autre genre de fécondité, celle des femmes dans le Sud, où il n’est pas rare de voir des familles composées de quinze à vingt enfants. Il me semble que les commères des bords de ce fleuve font trop d'honneur au natron.
En temps ordinaire le Mississipi est constamment sillonné, de la Nouvellé-Orléans à Saint-Louis, Louis-
ville, Cincinnati et Pittsburg, par mille à douze cents bateaux à vapeur, depuis le gigantesque et rapide steamboat, pouvant loger confortablement six cents passagers jusqu'au pelit vapeur plat, mû par une simple petite roue à l'arrière.
C'est chose belle et curieuse que de contempler à la Nouvelle-Orléans ces légions de bateaux fumants ou prêts à fumer.
Pour occuper le moins de place possible, ils se rangent symétriquement, la proue vers le quai et l’arrière au courant. Quand ils partent, quelques tours de roues les détachent de la masse des bateaux où ils sont enclavés, et les portent habilement jusqu'au milieu du fleuve. Une fois là, ils restent immobiles durant plusieurs minutes, luttant contre le courant dont ils finissent par triompher. Ge courant n’a pas en moyenre - une vitesse moindre de dix à douze milles à l’heure.
Les plus magnitiques spécimens de bateaux que j'aie vus sur le Mississipi sont l’£elipse et le Shotwell, Ces deux monuments maritimes, de proportions à peu près égales et d’un luxe auquel l'imagination aurait eu de la peine à ajouter quelque chose, furent lancés à l’eau presque en même temps. Cette coïncidence enflamma l’esprit de lutte qui caractérise les hommes du Sud, et un sfeeple chase fut résolu entre ces deux rois du fleuve.
Personne n'a oublié les énormes aftiches qui annonçaient leur premier voyage et les paris auxquels ce défi donna lieu. Des sommes énormes étaient engagées de part et d’autre, et le plus grand nombre des parienrs avaient pris passage à bord du steamboat pour lequel ils avaient parié. Les deux capitaines, en annonçant leur départ, prévenaient avec une louable franchise qu'ils ne comptaient pas répondre des accidents qui pourraient arriver en routc. |
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