CHAPITRE XVIII
Il faudrait bien peu connaître l'esprit téméraire des hommes du Sud pour supposer que cet avertissement ail pu empêcher personne de s’embarquer sv des steamboats qui tous deux peut-être allaient fair. explosion. L'Américain, le Louisianais surtont, aime à braver la mort pour le seul plaisir de la braver, et je suis à peu près certain que l’affluence des passagers eût été plus grande, pour ce premier voyage, si les capitaines eussent positivement promis de chauffer la machine jusqu’à ce qu’un des deux bateaux sautât,
Le jour du départ de ces deux fiers steamboats fut un jour de réjouissance pour tous les habitants de la Nouvelle-Orléans. Tout le monde paria, jusqu'aux esclaves qui risquèrent leurs picaillons, entraînés par l'exemple. Les quais étaient couverts d’une foule enthousiaste, attendant avec impatience le signal du départ. Les véritables amateurs du sport s'étaient rendus d’avance dans le haut de la Nouvelle-Orléans, à un endroit où le fleuve fait un coude. Là les bateaux devaient être suivant les probabilités, lancés à toute vapeur, cet l’on pourrait juger de leurs qualités respectives.
Deux coups de canon tirés par chacun des steamboats annoncèrent que la lulle avait commencé. Des hourras frénétiques partirent de toutes les poitrines, et les nègres, transportés d'enthousiasme et surexcités par l'espoir ou la crainte de perdre leurs picaillons engagés, gesticulaient comme des possédés, et invitaient l'équipage, composé de nègres comme eux, à chauffer la machine afin de vaincre ou de mourir.
Les roues des deux colosses rivaux mordirent le courant et ayvancèrent bientôt avec une rapidité inouïe. La distance à franchir sans aucune station était de fa Nouvelle-Orléans à Louisville. Le voyage fut accompli par l’£clipse en trois jours quinze heures sept minutes,
baltant son concurrent de quelques encâblures seulement.
Pendant celte longue course, les deux bateaux avaient navigué côle à côte, et si l’£clipse l'emporta à la dernière minute, c'est qu'au risque de sauter, on jela dans la fournaise, déjà chauffée à blanc, deux cents livres de lard. Quelle fièvre à la Nouvelle-Orléans, parmi les parieurs, durant les trois jours que dura ce mémorable combat! Les différentes stations télégraphiques placées le long du fleuve signalaient dans toutes les directions les péripéties de la course.
L'Éclipse porta longtemps à son avant un immense écriteau sur lequel étaient écrits en grosses lettres ces quelques mots éloquents : « De la Nouvelle-Orléans à Louisville : 3 jours 15 heures minutes !... »
La meilleure saison pour naviguer sur le Mississipi est l’hiver et le printemps ; pendant les autres saisons, les eaux sont basses et laissent à découvert un fond de sable qui forme une barrière insurmontable à première vue. Mais rien n'arrête l’Américain, à qui pourrait s'appliquer ce mot célèbre : « Si c’est possible, c'est fait ; si c'est impossible, ce!a se fera. »
Que font ces fils audacieux du nouveau monde pour franchir avec leurs steamboats les barres de sable? le tour de force le plus étonnant qui se puisse accomplir. Ils commencent d’abord par alléger le bateau de toute sa charge, laquelle est déposée provisoirement sur un radeau qu'on a remorqué. Quand le steamboat se trouve ainsi allégé, on plante profondément dans le sable deux pieux immenses de trente pieds de haut et gros à proportion, de manière à saisir, comme deux bras souples et puissants, l'avant du bâtiment.
Le bateau, comme un clown, prend son élan, passe rapidement au milieu des deux pieux qui le soulèvent doucement d’abord, plus vigoureusement ensuite à
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