CHAPITRE XVIII
L'étage au-dessous, c’est le désert aride et sablonneux. Aussi loin que la vue peut s'étendre à la lueur : vascillante des torches, tout est solitude et désolation. Cà et là seulement un tertre dénudé, tumulus mystérieux de quelque mastodonte, animal gigantesque appartenant à la première manière du Créateur. Que manque-t-il à cette imitation de désert pour paraître un désert véritable ? rien que le défilé d’une caravane dans le lointain marchant au son rhythmé d’une de ces mélodies orientales vagues et rêveuses qui peignent à l'oreille la civilisation de tout un peuple,
En descendant plus bas encore, le désert disparaît, ct l’on se trouve dans l’intérieur d’une imposante basilique. Le style gothique: a remplacé le style bizantin du second étage, bien que nous retrouvions les stalactites colorées que nous avons admirées plus haut. Ici encore l’œuvre des hommes s’efface devant l’œuvre de la nature.
Admirez la hardiesse de la construction et le prodige des détails. Partout les plus délicates, les plas
audacieuses nervures dessinent leurs tailles svelles,
isolées ou réunies en faisceaux. Des ogives aériennes d’où se détachent des pendentifs de Modène et de Valence ciselés avec une rare perfection; des rosaces à jour, des lusires dessinés par Benvenuto Cellini, etallumés de mille feux rouges, bleus, verts, oranges, or et argent; des guirlandes de neige sculptées sur lesquelles se dessine l’arc-en-ciel ; des tourelles et des clochetons, tout le luxe en un mot du style gothique, mêlé, par je ne sais quel tour de force arlistique, aux caprices d’une imagination folle, quoique toujours harmoniense. L'autel est là; des rangées de pilastres l’environnent. Le regard étonné se perd dans la perspective des con-
tre-forts, doucement éclairés par une pénombre mystérieuse.
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Au sortir du temple, quel contraste ! À cet élage inférieur, bien digne de figurer dans l’enfer de Dante, tout est horribles crevasses, gouffres sans fond, épouvantables abîmes. Ces larges blessures d’une nature en convulsion sont traversées par des ponts mobiles formés d’une simple pièce de madrier au delà desquels se montre la mer Morte.
Cette mer, d’une placidité immuable, encaissée dans les profondeurs de la terre, n’a jamais ressenti le moindre souffle du vent. Elle est peuplée de têtards aveugles de naissance. Ils avaient des yeux autrefois, et on en voit la trace; ils n’en ont plus maintenant qu'ils seraient inutiles dans les ténèbres.
Les conditions si diverses dans lesquelles se sont trouvés placés les animaux, ont certainemeut contribué au développement de certains organes chez les uns, et à l’atrophiement de ces mêmes organes chez les autres; de même qu’elles ont peu à peu amené des modifications dans toutes les parties de leur corps. Peut-être ce que nous appelons les races d'animaux n'’ontelles pas toujours été ce qu’elles sont; peut-être le milieu dans lequel les types premiers se sont trouvés placés par suite des révolutions qui ont si longtemps bouleversé notre globe, en changeant les conditions de l’existence, a-t-il aussi transformé l’animal. Sans doute ce travail de transformation n’aura pu s’opérer qu’à l’aide des siècles; mais que sont les siècles, dans l’accomplissement des œuvres de la nature qui est éternelle! Il y a là tout un système de création animale, ou plutôt de modification animale, que je ne développerai pas ici : Mon erat hic locus. Je constaterai seulement que les poissons de Mammoth-Cave avaient primilivement des yeux et qu'ils n’en ont plus aujourd’hui. En seraient-ils doués de nouveau, toujours à l’aide des siècles, s'ils se trou-
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