‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 172 sur 212 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

vaient exposés à la lumière ? Il est permis de le croire.

Quoi qu’il en soit, la vue de cette mer souterraine, dont les eaux sont froides et sans saveur, me causa une

des plus vives impressions que j'aie jamais ressenties.

Un homme » urtant vit dans ce sinistre lieu, monté sur un batelet, attendant le moment ou des curieux viendront faire sur cet autre Léthé une promenade mythologique.

Nous primes place dans le bateau, et le bruit cadencé des rames remplit c: monde silencieux de rumeurs fantastiques.

Après une promenade assez longue et qui eût pu être infiniment prolongée, car l’intérieur de Mammoth-Cave a dix lieues de longueur, nous regagnâmes le bord.

En sortant du batelet, le colonel demanda auxhommes qui nous avaient conduits, s’il n’y avait pas dans le Mammoth-Cave un endroit plus profond encore à visiter.

—Ilya le Maelstrom, répondit un des guides, le maelstrom qu’on croyait, il y a quelques semaines encore, inaccessible à tout être humain.

— Comment cela ? demandai-je au guide.

— Parce que, me répondit-il, pour descendre dans certains précipices, il ne faut pas seulement faire bon marché de son existence, il faut aussi posséder un sangfroid dont peu d'hommes ont donné l’exemple, et pouvoir dompter ses nerfs.

— Néanmoins, d'après ce que vous dites, queiqu’un est descendu dans le Maelstrom ?

— Oui, reprit le guide, cela a été fait par nn jeune homme de Louisville. Vous avez pu lire les détails de ce voyage souterrain dans les journaux, d'après une lettre écrite par un Américain du Kentucki; mais cette version n’est pas exacte de tous points, et je suis à même de rétablir les faits dans toute leur vérité.

— Racontez-nous cela, dit le colonel. Nous sommes

ici admirablement encadrés pour donner à votre récit toute la mise en scène désirable,

— Volontiers, reprit le guide, qui après s'être introduit dans la bouche une chique de tabac, s’exprima en ces termes :

Jusqu'à l'exploration que je vais vous raconter, aucun mortel n’avait osé pénétrer à plus de quelques yards dans cet abîime de la plus grande caverne du monde. Des milliers d'individus ont plongé la vue avec terreur dans le Maelstrom, tandis que les feux de Bengale y étaient en vain projetés pour tâcher d’en reconnaître le fond. Le propriétaire decette effrayante caverne avait offert six cents dollars au célèbre guide Stephen, connu par son intrépidité, s’il consentait à atteindre les profondeurs du gouifre et à rendre compte de son excursion périlleuse. Une pareille somme était bien faite pour tenter Stephen, habitué à vivre péniblement du prix de ses modestes journées quand il travaillait ; néanmoins Stephen refusa. Il y a quelques années, un professeur du Tennesse, homme instruit autant que déterminé, voulut entreprendre ce que nul avant lui n'avait osé tenter. A cet effet il fit de longs préparatifs, “et le jour venu, il se laissa glisser dans l’abime à l’aide d’une forte corde. Il descendit ainsi à environ cent pieds, mais, arrivé à cette profondeur, il sentit sa raison s’égarer, sa poitrine s’oppresser, une frayeur invincible s'emparer de lui, etil crut qu'il allait devenir fou. C'est avec horreur qu’il donna le signal convenu pour le remonter. Arrivé à l'embouchure du précipice, il s'évanouit. Plus tard, il avoua que l’effet d’épouvante qu'il avait ressenti était tel, en touchant la première galerie, que, plutôt que de recommencer ce voyage infernal, il préférerait se donner la mort. ;

Depuis cette époque, une forte somme a élé tenue offerte à quiconque tenterait l'aventure; beaucoup ont

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