CHAPITRE XIX
de ce moment je ne puis, sans faire violence à mes
‘sentiments patriotiques, vous payer les marchandises
que vous m'avez envoyées.
«Ilen sera ainsi tant que les hostilités continueront entre le Nord et le Sud.
« Comme négociant j'en souffre, mais comme pairiote je m'’en réjouis, et je suis patriote avant tout.
« Veuillez donc, cher monsieur, ne plus tirer sur moi pour aucune somme. Dans des temps meilleurs vous retrouverez en moi le négociant intègre qui, pendant la paix, s’est toujours fait un scrupuleux devoir de tenir ses engagements.
« Votre tout dévoué commettant, « H. B*F#, »
Ce trait manquait à la collection pourtant si remarquable des puffs américains. Comme on le voit, la guerre, au point de vue des mœurs, a du bon.
Pendant que l’armée de terre se formait et s’équipait, les Américains du Nord armaient en guerre tous les grands steamers transatlantiqués, et faisaient appel à lous les vaisseaux de guerre endormis sur leurs ancres depuis de longues années, comme des modèles dans un musée, Grâce à la centralisation des affaires de la inarine aux États-Unis, cette transformation d’une flotte marchande en une flotte de guerre s’accomplit avec une étonnante rapidité. IL y a 64 capitaines de vaisseaux, le grade le plus élevé dans la marine américaine. Les capitaines de frégate sont au nombre de 96; il y a 311 lieutenants, 24 enseignes, 180 aspirants, 69 chirurgiens, 17 ingénieurs. Quant à l’armée de terre, formée à l'instar de celle de l’Angieterre, elle comporte À colonel comm'ndant, 4 lieuten1nt-colonel, 4 majors, 12 capitaines, 49 lieutenants ei 0 souslieutenants.
Ces chiffres énoncés, nous ajouterons que quelques mois suffirent aux États du Nord pour présenter à l’ennemi une flotte relativement considérable, Cependant les inventeurs étaient à l’œuvre dans les deux camps, et des efforts de leur génie devait naître, avec des engins flottants, moitié navires, moilié forteresses, une révolution radicale dans le matériel de la marine de guerre, ct conséquemment dans l'art de combattre sur mer. Peu s’en fallut que touie ceue belle flctte du Nord ne fût anéantie jusqu’au dernier vaisseau par un seul de ces engins dont nous venons de parler. Heureusement le monslre ne naquit pas seul ; à eutun rival à combattre, et la reucontre de ces deux machines de guerre, dans les eaux de Ne. Port-News, fut ua duel sans précédent, étonnant, terrible, gigantesque, isouï dans les fastes de la marine.
Remontons à l’origine du héros principal de ce combat incomparable.
Un homme fait au congrès américain la proposition de construire une forteresse navale à vapeur de son invention, capable, avec deux canons seulement, de lutter contre une flotte entière, et de la vaincre en la coulant jusqu’au dernier navire.
Il demandait, pour mettre son projet à exécution. 1,800,000 francs-et cent jours.
Cei homme était John Éricsson, ingénieur suédois, établi depuis longtemps en Amérique, et connu par plusieurs inventions extrêmement remarquables, notamment par une locomotive pouvant parcourir facilement de cinquante à soixante milles à l'heure, et par sa machine à air chaud, dout il fit l’application, en 4853, sur un navire de 2,200 tonneaux, l’Æricsson.
Le congrès hésita, et firii par refuser les propositions de l'ingénieur, ne €'ant pas devoir, pour un simple essai, disposer d’ur.e : .nme aussi considérable.
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