‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 182 sur 212 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

de zouaves. En entendant faire l’énumération de ces divers régiments, le colonel dit avec une amère ironie : — Pourquoi les maîtres d'esclaves ne formeraientils pas avec un certain nombre de leurs nègres, amis des coups de fouet, un corps de zouaves pour la défense de l’esclavage dont ils sont le plus bel ornement ? Tout est possible à l’homme et, avant tout, les choses stupides et féroces. Le commandant de ces troupes serviles pourrait les haranguer en ces termes: « Mesamis, vous « voilà prêts à entrer en campagne pour la défense du pays que vous avez toujours servi, qui vous a vus naître, vendre, acheter, payer et fouetter. Je ne suis point habitué à vous parler le langage apprêté de la flatterie, et le plus souvent c’est avec un coup de pied ou une paire de soufflets que je vous ai témoigné mes sentiments à votre égard. Mes paroles ne vous seront donc pas suspectes. Eh bien ! laissez-moi vous lc dire, il est beau de voir les esclaves du libre pays d'Amérique, à l'exemple de certaines nations du nord de l’Europe, défendre avec ardeur et conviction ceux qui les oppriment. Mais, d’ailleurs, n'est-ce pas vous attaquer personnellement que d’étendre une main révolutionnaire sur cette sublime institution de l'esclavage, que nous prétendons avoir été proclamée par Moïse lui-même sur le mont Sinaï, où pourtant on ne cultivait pas le coton? Et, en effet, combattre l'esclavage n'est-ce pas combattre l’esclave lui-même, par cette raison péremptoire que, s’il n’y avait pas d'esclaves, il n’y aurait pas d’esclavage? Or, ne l’oubliez pas, vous avez l'honneur d’être esclaves et vous le serez toujours, mes chers nègres, vous que j'appelle d'avance les héros du Sud. Comment ! on viendrait renverser la seule institution du pays dans laquelle vous soyez appelés à jouer un rôle actif, l'esclavage! Vous ne le souffrirez pas, Donc

« jurez-moi de défendre cette institution que vous de- « vez léguer intacte à vos enfants. Jurez-moi de mourir « s’il le faut pour arrêter les Vandales du Nord qui veu- « lent vous délivrer, bien que chez eux ils n'aient ja- « mais cessé de vous traiter comme Ges nègres, vous « le savez; jurez-le-moi, ou je fais à l’instant même « administrer à chacun de vous centcoups de fouet au- « dessous de votre giberne. » Oui, pourquoi les esclaves ne sont-ils pas commis à la défense de l’esclavage, pourquoi u’y a-t-il pas un régiment de zouaves nègres qu’on appellerait les libres esclaves ? Ils se battraient fort bien, j'en suis sûr, et ce serait comique à force d’être bête et odieux.

Le colonel ne croyait faire qu’une supposition impossible, et cette supposition s’est trouvée réalisée. Des nègres esclaves ont été enrégimentés, sinon comme soldats, du moins comme travailleurs, et conduits sur les champs de bataille pour aider leurs maîtres à vaincre le Nord, c’est-à-dire à les maintenir en état d’esclavage. O misères de notre pauvre espèce !

Ce qui est moins abominable, ce qui a été plus amusant, c’est la conduite de certaius sécessionnistes visà-vis de leurs créanciers unionistes. Depuis la déclaration deguerre, quelques négociants, amis de l’esclavage, refusent de payer leurs créanciers, amis de l’émanci-

pation. Devinez pourquoi ?.. Par pur patriotisme. Payer

ses dettes, c’est enrichir ceux que l’on paye, et les esclavagistes dont nous voulons parler sont trop bons patriotes pour contribuer ainsi à la puissance de l’ennemi,

Voici la lettre qu’un débiteur écrivit à son créancier pendant notre séjour à New-York.

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« C’est avec regret que je vous annonce qu'à partir

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