‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 188 sur 212 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

fois il a reconnu que ce n’était pas encore là le dernier mot de la science, et il s’est remis au travail avec plus de confiance et d’ardeur que jamais.

Je n'atiendis pas longtemps ce belliqueux ex-marchard de bonnets de coton, auquel par malheur il manquera toujours la gloire d’avoir découvert la poudre. coton. |

A sept heures moins un quart, et avant que personne ne fût arrivé, la porte du salon s’ouvrit pour laisser entrer monsieur Achille Lemoine.

C'est un homme d'environ soixante ans, petit et maigre, d’une constitution délicate, bien qu'il soit rarement malade ; du reste ne négligeant aucune précaution pour conserver sa santé et vivre le plus longtemps possible, lui qui rêve le moyen d’exterminer le genre humain à prix fixe et réduit.

En entrant, il alla naturellement complimenter la maîtresse de la maison, et j’entendis le son de sa voix un peu traînante et remarquablement douce. Quelques instants après, il tira de sa poche un bonnet, non de colon, mais de soie noire, et s’en couvrit la tête, dans la crainte de la grippe qui régnait alors.

Pendant un moment, la conversation roula sur des sujets peu intéressants, et c’était sur le chapitre de la guerre que je voulais meltre mon homme.

J'allai droit au but.

— On m'a dit, monsieur Achille Lemoine, que vous vous occupez d'inventions.

— Mon Dieu, monsieur, me répondit-il modestement et d’une voix si faible que je pus à peine l’entendre, je m'occupe, en effet, d'engins de guerre. Il faut bien utiliser ses loisirs. Nous n'avons pas ici les ressources immenses de la capitale pour occuper uotre esprit, et nous sommes forcés de puiser en nous-même nos moyens de distraction.

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— Ce que vous appelez modestement vos distractions, répétai-je, sont de nobles travaux.

— Il est vrai que la guerre a eu de tout temps le privilége d’intéresser les intelligences élevées, qui savent lout ce qu’on peut attendre du perfectionnement de cet art. Mais, hélas ! combien il est encore arriéré.

— Vous trouvez, monsieur Lemoine ?

— Certes, ce n’est ni la science des généraux, ni le courage des soldats qui ont jamais fait défaut à la France, pour ne parler que de notre pays; mais ce qui nous a toujours manqué, ce sont les moyens puissants de destruction. Tout est là, monsieur.

— Oui, les moyens de destruction sont une bonne chose; mais il me semble que, grâce à Dieu, ils n’ont fait défaut jusqu'ici ni aux anciens ni aux modernes.

— Les anciens, en effet, ne se mérageaient s dans leurs guerres, et leurs champs de bataiil ‘taient pas moins riches que les nôtres en morts et cu blessés. Mais au prix de quels sacrifices d'argent, de temps et de fatigues n’obtenaient-ils pas ce résultat précieux ! À quel prix ne les obtient-on pas encore aujourd’hui, malgré tous les progrès accomplis ! Chez les Romains, monsieur, chaque homme tué à l’ennemi revenait au vainqueur l’un dans l’autre à près de trois mille francs de notre monnaic. J'en ai fait le calcul. Les blessés peuvent s’évaluer à cinq cents francs pièce.

— Diable !

— C’est horriblement cher. Eh bien ! monsieur, malgré l’admirable découverte de la poudre à canon, qui promettait une réduction considérable dans les frais de la guerre, chaque homme tué à l’ennemi sur le champ de bataille coûte aux modernes plus cher encore qu'aux anciens; vous pouvez vous en assurer, en calculant les frais occasionnés par les guerres réceutes, et les résultats obtenus.

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