CHAPITRE XIX
dues ou enrubanées, des pièces de trois cents, de quatre cents, de cinq cents et de mille. Au lieu des bombes en usage, el qui sont restées dans le plus déplorable statu quo depuis qu’on en fil usage pour la première fois en France en 1521, au siége de Mézières, vous auriez des bombes et même des obus du diamètre d’un ballon aérostatique. Ces bombes et ces obus éclateraient en lançant le fer avec une force inconnue jusqu'ici, et couvriraien! le 1 d'une grêle de projectiles, semant partout le d et la mort. Quelle citadelle pourrait lutter seule ‘heure contre deux pièces d'artillerie lançant de mille, appuyées par deux ou trois bomb grosseur du ballon des frères Godard ? Vous verriez alors les ouvrages réputés imprenables tomber sous ces boulets puissants comme des forteresses en carton, et les hommes, épouvantés sur les champs de bataille, ne pas même essayer de faire usage de leurs armes sans force et sans portée. Ils seraient les fourmis et vous seriez les hommes, et vous les écraseriez comme on écrase des fourmis avec des talons de bottes.
Ces paroles, prononcées avec le plus grand calme et une légère teinte d'ironie, me firent frissonner. Cet ex-bonnetier, avec son bonnet de soie noire sur la tête, ses mœurs si douces et ses théories si sauvages, me parut une imitation des personnages fantastiques de la littérature allemande.
— Tout cela est assurément fort ingénieux, dis-je; mais pour manier des armes fabriquées pour des hommes ge cent pieds de haut, il faudrait avoir cette taille, et je ne sais pas bien comment Napoléon I°' eût pu traverser le mont Saint-Bernard avec une arlillerie lançant des boulets de mille.
— Quand on n’a pas la force, répondit l’ex-bonnetier, il faut avoir l’intelligence; il serait beaucoup plus