‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 29 sur 212 · CHAPITRE 1V · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1V

mais personne ait à redouter de qui que ce soil la moindre observation ni même le moindre contrôle mental. Personne d’ailleurs, quelle que soit sa manière d’être ou le costume qu'il porte, ne paraît ridicule aux Élals- Unis. Le sentiment du ridicule, qui a son bon et son mauvais côté, est, pour ainsi dire, inconnu dans le nouveau continent. Là, chacun fait réellement ce qu'il veutfaire, s’habillantcomme ill’entend, parlant comme il Jui plaît ou comme il saït, se conduisant en toute chose suivant son bon plaisir, sans jamais s’exposer à braver les préjugés de la mode, à servir de texte à la critique railleuse des beaux esprits oisifs, comme il s'en rencontre en si grand nombre partout en Europe. Des femmes peuvent, sans exciter l’hilarité des autres femmes, se promener dans les rues de New-York en robe d’organdi rose ou blanc par un froid de quinze de-. grés. On en voit, par une chaleur de quarante degrés, vêtues de robes de velours noir. Non-seulement personne ne tente de jeter du ridicule sur elles, mais personne même n’a l'air de s’apercevoir de leur mise hors de saison.

Dans le salon où nous entrâmes, sir James et moi, nous vimes une centaine de personnes que nous nous mimes à observer avec cette curiosité fiévreuse des étrangers nouvellement débarqués. Une jeune femme se mit au piano, pendant que certaines personnes se promenaient, que d’autres lisaient, que d'autres causaient de leurs affaires de commerce, que quelques dames et demoiselles contemplaient ce qui se faisait autour d'elles, à demi couchées sur d’élégants canapés de velours ; que certains couples de l’un et de l’autre sexe flirlaient à demi voix dans les coins et près des fenêtres.

On connaît aujourd’hui en France la signification du verbe flirter, verbe actif, s’il en fût jamais aux États-

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Unis. La jlirtation est l’art de converser avec une femme

après un sentiment mixte, qui participe, dans xn2 égale pruportion, de l’amilié pure et de la galanteric plus ou moins passionnée. Tout le monde flirte aux Étals-Unis.

Les femmr.:, en Amérique, ou, pour parler plus exactement, les demoiselles sont de véritables enfants gàtés, aussi charmantes, aussi capricieuses que redoutables souvent. Elles ont tous les droits ou à peu près, même celui de voyager seules.

Toutefois, il est vrai de dire que certaines modifications dans les coutumes et usages du beau sexe se sont introduites aux Élats-Unis depuis peu d'années, et que les demoiselles de bonne famille se montrent plus retenues qu’autrefois. Il n’y a pas plus de vingtans qu’elles. menaient toutes à New-York ce qu'on appelie ici la vie de garçon. Sans que leur honneur fût en péril, elles acceptaient le bras d’un de leurs adorateurs et allaient avec lui au restaurant, au spectacle, en voyage. De temps à autre encore, à cette heure, les hôtels reçoivent la visite d’une de ces demoiselles-garçons, qui, en attendant iemoment oùl’hymen fixera leurcœur et où les devoirs de la mère de famille les retiendront chez elles, veulent respirer à pleins poumons l'air de l’indépendance et de la liberté.

Nous vimes ce soir-là, dans le parlor, où le lecteur n’a pas oublié que nous sommes entrés, sir James et moi, une jeune et charmante personne qui voyageait seule pour son plaisir, et n'avait voulu d’autre protecteur, avec les lois ü.: pays, que son frère reslé dans son habitation de la Louisiane. Cette protection, quoique lointaine, n’en était pas moins efficace, comme nous pûmes le reconnaître.

L'aventure est assez originale pour mériter qu'on la rapporte.

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