‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 43 sur 212 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'électricité ses premières expériences. Peu de temps après, les paratonnerres étaient inventés par cet honnête et modeste citoyen, qui se délassait de ses travaux purement scienlifiques en écrivant avec beaucoup de verve et d’esprit son Almanach du bonhomme Richard.

En montant sur le steamboat de Staten-Island, je fus frappé de sa forme tout américaine, dont les bateaux à vapeur européens ne peuvent donner aucune idée.

Tous les steamboals américains, même:les grands steamboats à trois et à quatre étages au-dessus de l’eau, qui sillonnent l'Ohio, le Mississipi et l’Hudson, sont construits de manière à recevoir toute la charge sur le pont. L'intérieur est entièrement rempli par l’énorme machine. De cette machine on n’aperçoit, au milieu du bâliment, que le gigantesque balancier, comme une pompe sans cesse en mouvement. À côté du balancier, mais plus haut et par-dessus tous les étages du steamboat, s’élève un petit pavillon où se tiennent en observalion le capitaine qui commande, les manœuvres et le timonier qui de là dirige le gouvernail. Il n’y a pas de petits bateaux à vapeur en Amérique. Les plus petits steamboats à New-York sont les ferryboats de Brooklin, — une sorte de faubourg de New-York, — et qui pour cinq centimes vous traversent la rivière de l’est, cent soixante mètres environ. Les ferryboats n'ont pas moins de quatre-vingts chevaux de force. Ce sont des bateaux de ce genre qui traversent toutes les rivières, les ponts étant pour ainsi dire inconnus aux États- Unis.

Le bateau qui nous iransporta à Staten-Island était à peu près trois fois grand comme les .ferryboats de Brooklin. Le trajet est charmant, et l’on arrive trop tôt, après une promenade constamment égayée par la vue des nombreux navires de toutes les nations, à cette île pittoresque, rendez-vous habituel des New-Yorkers,

qui, le dimanche, veulent se récréer l'esprit autrement que par la lecture de la Bible.

A Staten-Island, le panorama est véritablement splendide. De là l'œil embrasse toute la baie et va se perdre en pleine mer. Les navires, comme des oiseaux aquatiques, déploient aux vents leurs ailes blanches, et glissent penchés sur la surface de l’eau; ou bien, semblables à des monstres marins, s’agitent avec fracas, lançant de leur poumon de feu une haleine brû- Jante, et marquant leur passage rapide par un double sillon de nuages et d'écume.

Du côté de la terre, cette île n'offre pas moins d’attraits. Partout ce ne sont que riches villas, maisonnettes de bois peint, si légères et si fraîches, qu'elles semblent un jeu de l'imagination et non une réalité. Rien ne viendrait troubler l’enchantement de ce séjour délicieux, si le pavillon jaune de la quarantaine, en ramenant aux tristes réalités de la vie, ne nous avertissait que c’est dans cette île qu'est placé le lazaret. C’est du reste un très-bel établissement, qui n’a de triste que sa destination même.

Nous dinâmes dans l'ile,

Le soir, en rentrant en ville, nous entendîimes sonner le tocsin par la cloche de l'hôtel de ville. Quelques secondes plus tard, un bruit véritablement infernal, produit par de lourds véhicules roulant sur ie pavé et par des vociféralions qui n’avaient rien d'humain, vint accompagner horriblement le son lugubre du tocsin. La foule qui courait de toutes parts, jointe à l'obscurité de la nuit, nous empêcha de rien distinguer.

— Qu'y a-t-il? demanda le colonel.

— Ce n’est rien, répondit Arthur, de l’air le plus tranquille du monde; on sonne au feu, et ce sont des pompiers qui courent à l'incendie. C’est l'heure où, le dimanche, on commence à étc'1dre d'ordinaire à New-

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