‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 42 sur 212 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de la dépendance coloniale, y amena triomphant l'immortel fondateur de la république américaine, Georges Washington. Talleyrand, après Washington, passa quelque temps sous le toit de cette habitation, qui fut construite en 4760 par le capitaine Kennedy. Des fenétres de cette maison, célèbre à tant de titres, quelques patriotes américains assistèrent à la destruction de la statue équestre de Georges II, roi d'Angleterre. Cette statue était en plomb; les soldats de l'indépendance en firent des balles, qui toutes portèrent, dit une chronique dutemps; car celles quine tuaient pas au physique tuaient au moral les troupes mercenaires du roi d’Angleterre. Ces mêmes soldats de l'indépendance purent voir, peu de temps après cet épisode mémorable, et de ces mêmes fenêtres, les derniers serviteurs du monarque anglais quitter pour toujours la rive américaine. Plus tard, les habitants du Kennedy house se découvraient au passage des funérailles d’une des gloires de l'Amérique, de Fulton, qui mourut dans une modeste maison consiruite tout près de là, dans le Bowling green, petit enclos de verdure où l’on jouait aux boules avant la révolution. C’est toujours dans ce même voisinage, qui était, à l’époque de la guerre de l’indépendance, le centredeNew-York, que demeurèrent Arnold et André, deux noms glorieux dans l’histoire de l’affranchissement.

Le quartier général du général Gage était, en 1765, à quelques pas seulement de l'habitation de Fulton. C’est aussi là que se trouvait, à celte époque, la prison devant laquelle on voyait, comme pour servir d’enseigne à cet affreux séjour d’un despotisme cruel, le pilori où l’on exposait et où l’on foueltait les condamnés, les fers dont on chargeait leurs pieds et la potence à laquelle on les pendait.

C’est sous le péristyle de cette prison qu°, sublime

antithèse ! se trouvait Washington, lorsqu'il fut acclamé président des États-Unis.

C'est encore sur ce même emplacement qu’eut lieu la mémorable cérémonie du sermeni, en présence d’un peuple immense et enthousiasmé. Un tableau de l’époque nous a conservé le costume que portait Washington ce jour-là. Il était vêtu d'habits de velours couleur foncée, portait les cheveux poudrés, ramenés par derrière et renfermés dans une poche de soie noire, et avait au côté son épée libératrice à poignée d'acier, épée qu’il n'avait jamais quitlée depuis le jour où il l'avait tirée pour l’indéendance de son pays.

Ajoutons enfin que c’est dans ce même endroit de la Batterie que les New-Yorkers dressèrent un arc de triomphe sous lequel passa le général la Fayetle, lors de sa dernière visite dans la cité impériale.

Le colonel James Ciinton ne put considérer sans un sentiment d’admiration pour le peuple américain, auquel se mêlaient peut-être les pénibles impressions de l’amour-propre national froissé, ces modestes témoignages de la grandeur d’un pays qu’on peut critiquer au point de vue des mœurs, des usages et même aussi de certaines institutions sociales et politiques, mais auquel on ne saurait refuser les nobles instincts qui inspirent les grandes entreprises et l'énergie d’action qui fait qu’on les réalise.

Arthur tira sa montre, — la seule, hélas ! qui lui restait de son magasin d’horlogerie. Nous avions encore vingt minutes avant le départ du bateau. Nous allâmes voir la porte actuelle de New-York, conslrustion appropriée aussi peu que possible à cet usage, et qui était autrefois une église hollandaise. Mais un attrait tout parliculier nous attirait vers celte construction, d’ailleurs très-peu remarquable. C’est sur le sommet de cette ancienne église que Benjamin Franklin fit sur

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