CHAPITRE VII
Le musée Barnum mérite ici une mention spéciale, autant pour la nature même de ce qu’il renferme, que pour son trop célèbre propriétaire.
Dans le musée Barnum, on voit des spécimens de toutes les curiosités possibles et surtout impossibles, et l’on assiste à des représentations dramatiques dans une salle de spectacle petite, mais très-coquette. Nous passerons sur Îles représentations dramatiques dans lesquelles a longtemps figuré le général Tom Pouce, de microscopique mémoire, pour jeter un coup d'œil sur les merveilles du musée. Là, tous les règnes de la nature, animal, végétal et minéral, se confondent, au grand ébahissement des naïfs habitants de l'Ouest, qui ne manquent jamais de venir admirer les splendeurs du musée Barnum, toutes les fois que leurs affaires les appellent dans la cité impériale.
Mais, au milieu de ces choses curieuses, deux objets frappent surtout le regard du visiteur. La première de ces choses est une grande cage qui porte le nom d'Arche de Noé; la seconde est une sirène, ne riez pas, une sirène empaillée. Dans l'arche de Noé grouillent, sautent, dorment, mangent, boivent, jouent, s’ennuient surtout ct volent les animaux les moins faits pour vivre ensemble. Ici, c’est une souris qui grimpe sur le dos d’un chat; là, c’est un chien qui s’asseoit philosophiquement sur la queue d’un serpent ; à côté, on voit un coq qui picore dans une assiette en compagnie d’une chouette et d’un serin; plus loin, un renard sommeille, ou fait semblant de dormir, à côté d'une poule; d’un autre côté, un singe saute de dessus le dos d’un mouton sur le dos d’un lion abruti par tout ce qu’il voit et entend autour de lui. Quel concert les chats miaulent, les singes crient, les oiseaux chantent, les moutons bélent, les chiens aboient, sans qu’il y ait dans cette horrible musique une seconde