CRE LA
d’intermittence. De l'arche de Noé s’exhale une odeur qui ne ressemble en rien aux parfums d'Arabie. N’importe, le spectacle est étrange, original; et chacun s'approche le plus près qu'il peut de la cage pour admirer ce phalanstère des animaux, qui reste encore le modèle des phalanstères, même après ceux que M. Considérant a voulu établir pour les hommes dans les lointaines contrées de l'Ouest.
L'histoire de la sirène est des plus curieuses. Un beau jour, toutes les bandes de musique de la ville, tous les journaux et de gigantesques affiches collées sur tous les murs, annoncèrent aux New-Yorkers la nouvelle incroyable, mais parfaitement crue, comme toutes les nouvelles incroyables, que des pêcheurs s'étaient emparés d'une sirène telle que nous les dépeint la mythologie, c’est-à-dire moitié femme et moitié poisson.
Ce phénomène unique était visible, sans augmentation de prix, au musée Barnum. Les curieux affluèrent par centaines de mille, et l’on ne parla bientôt plus, dans tous les États-Unis, que de cette merveilleuse créature, trop femme pour qu’on lui donnât le nom de poisson, ettrop poisson pour mériter celui de femme. Les érudits prirent texte de la sirène pour raconter le voyage d'Ulysse et rapporter des faits extrêmement curieux. Ils établirent qu’on présenta au roi dom Emmanuel de Portugal une fille marine, dernière survivante d’une troupe de tritons capturés dans les Indes Orientales. Ils citèrent d'anciennes chroniques où ilest dit que des habitants des Pays-Bas s'étaient emparés d’une sirène, et lui avaient enseigné à se vêtir elle-même et à faire le signe de la croix. Dans un autre ouvrage, publié en 1843, ils virent qu’une autre femme marine se montra plus intelligente encore et plus utile à la sociélé : non-seulement elle s’habillait seule, faisait le