‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 64 sur 212 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

tesse. On les prend à l'heure ou à la course, mais ie plus souvent à forfait. Le carman ne se considère point comme un ouvrier, mais comme un homme d'affaires. D'ordinaire, son cheval et sa charrette lui appartiennent, et plus d’un riche négociant américain a commencé par être carman. Les carmen n'ont point un costume particulier, et j'en ai vu qui conduisaient leur charrette debout et en habit noir, Le carman ne s’assied jamais. Souvent il arrive que le gentleman qui fait porter ses meubles ou sa marchandise monte dans la charrelte avec le carman ; ce qui doit être un assez désagréable moyen de locomotion, par la raison que les charrettes ne sont nullement suspendues, et que le plus souvent le cheval les traîne au galop.

New-York, comme toutes les grandes villes du monde, offre, suivant les quartiers, des contrastes frappants. Wall-street, par exemple, représente dans sa plus grande activité le génie du commerce américain. Là sont les banques, les changeurs et la Bourse, sous le dôme de laquelle tant de projets gigantesques ont pris naissance, qui se sont réalisés. Dans Nassaustreet, nous pouvons observer des modifications trèstranchées de cette physionomie mercantile de New- York, qui n’a d’analogue que la Cité äe Londres.

Du reste, et pour peindre er deux mots cette Babylone américaine, nous dirons que New-York est divisé en deux zones sociales, connucs sous le nom de Bowery et de Broadway. La première est plébéienne, la seconde patricienne. Canal-strect est la limite qui sépare ces deux mondes si rapprochés, et pourtant si dissemblables. Dans les environs d'Union-Square et de Madison-Square, mais principalement dans Ja cinquième avenue, se trouvent la richesse, le goût et la splendeur des habitations de New-York. C'est là que vivent ou qu'ont vécu dans des maisons véritablement

princières les princes de la finance, parmi lesquels nous citerons le docteur Townsend, célèbre par sa liqueur de salsepareille. Ce très-habile docteur, ayant mis à profit l’exceplion que fait pour les malades la loi de tempérance dans les États où celte loi est en vigueur, avait, sous prétexte d’épurer le sang, imaginé une décoction de la plante dépurative dans un fond trèsconvenable de bonne eau-de-vie. Alors on vit, chose étrange, les gens les mieux portants des États où l’eaude-vie était proscrite se plaindre de leur santé et boire force décoctions de salsepareille. Ils’en but tant et tant, que l'adroit docteur réalisa par cette supercherie des béréfices considérables. En définitive, c'était beaucoup moins les verlus de la salsepareille que celles de l’eaude-vie que recherchail la grande majorité des consommaleurs, condamnés de par la loi à boire de l’eau pure.

La partie méridionale de la ville, la cité primitive, est très-irrégulière ; les rues en sontétroites, sinueuses et sales. Mais, dans la partie nouvelle, au nord, les rues sont droites, au contraire, propres, et se coupent à angles droits, à des distances égales, comme sur un damier.

On compte à New-York douze belles avenues qui parcourent toute la longueur de la ville à une distance de huit cents pieds l’une de l’autre. Ajoutons, comme dernier renseignement, qu'il y a deux cents milles de rues pavées, et que New-York mesure douze milles de long, depuis la batterie jusqu’à la cent quarantième rue.

Il est étrange qu'une si belle ville n’ait pas, à proprement parler, une seule promenade. Le lieu où les New- Yorkers se réunissent pour prendre l'air dans les grandes chaleurs est le cimetière de Greenwood, à Brooklin. 11 est vrai que cet asile des morts est le plus bel endroit que pourraient envier des vivants. Green-

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