‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 65 sur 212 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

wood est un parc admirable, aux larges avenues sablées, aux vertes pelouses, et d’où la vue s'étend sur toute la baie pour se perdre à l’horizon dans la pleine mer.

C’est dans ce cimetière que l'amour d'une mère au désespoir, une Française, madame Canda, a fait ériger pour sa fille un tombeau monumental, enrichi de basreliefs, et qui n’a pas coûlé moins de cinquante mille francs. Mademoiselle Canda avait dix-sept ans ; c'était une créature accomplie. Elle avait, avec la beauté idéale des anges, la grâce, la douceur, l'esprit, toutes les qualités du cœur et de l'âme, fortifiées par une instruction rare chez une femme. On l'adorait plus encore qu’on ne l’aimait. Un jour, elle est invitée à un bal. Elle ne veut pas y aller. Sa mère insiste pour qu’elle prenne ce plaisir; elle accepte enfin. A neuf beures, son père vient la chercher. Elle est toute parée et plus belle que jamais dans sa fraîche et élégante toilelle. Pourtant elle insiste encore auprès de sa mère pour ne pas sortir.

— C'est singulier, maman, je n'ai pas envie d'aller à ce bal.

: — Ma fille, ce n’est pas bien, tu as promis, on compte sur toi; ton père vient te chercher, il faut yaller.

— Soit, maman, j'irai, puisque tu l’exiges; mais je ne sais pas pourquoi je m’y rends à contre-cœur.

La jeune fille monte en voiture.

J'ai dit qu'il élait à ce moment neuf heures du soir. A neufheures et demie, pas plus, on rapportait chez sa mère le cadavre de mademoiselle Canda.

Voici ce qui était arrivé :

M. Canda, ayant à prendre une autre jeune personne sur son chemin, avail laissé seule sa fille dans la voiture. À peine élail-il entré dans la maison où se irouvait la demoiselle dont il s'était chargé, que le cheval,

on ne sait par quelle cause, partit au galop. Le cocher fit de vains efforts pour arrêter l'animal, qui prit le mors aux dents et allait, comme un furieux, heurtant tout sur son passage. Mademoiselle Canda eut peur et voulut sauter par la portière. En tombant, elle se brisa la colonne vertébrale, et'la mort fut instantanée. Quelques pas plus loin, le cheval s’arrêtait, et le cocher, qui n'avait rien vu, rien entendu, retournait à son point de départ.

Cela n'avait pas duré dix minutes. M. Canda, en compagnie de la demoiselle, ayant voulu prendre place dans la voiture, s’aperçut qu’elle était vide.

Il tombait de la neige.

On alluma des torches, et on découvrit sur le milieu de la chaussée le corps de l’infortunée jeune fille.

Il y a près de dix ans que cet accident déplorable est arrivé, et personne n’y pense encore à New-York sans une douloureuse émotion.

Un des bas-relielfs représente l’accident au moment où la jeune fille vient de tomber morte sur le sol couvert de neige, emblème de la pureté de son âme.

Brooklin, où se trouve le cimetière de Greenwood, serait une ville importante, si on ne le considérait comme un des faubourgs de New-York. Un grand nombre de négociants établis à New-York ont leur famille à Brooklin. Ils partent le matin à sept heures et retournent chez eux le soir pour dîner. Pour aller de la cité impériale à Brooklin, c’est l’affaire de trois minules par les ferryboats.

J'ai visité près de Brooklin un arsenal assez beau et un misée naval assez laid. Dans ce musée s’étalent effrontément les «roûtes historiques les plus téméraires dont jamais peinture officielle ait donné l'exemple. Ce sont des toiles plus ou moins grandes représeniant les coMbats sur mer (les combats heureux, bien entendu)

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