CHAPITRE VIII
Départ de New-York, — Les steamboats. — Premier essai de navigation à vapeur sur l’Hudson. — Le Savannah à Liverpool. — Hoboken. — Le fort Lee. — Les Palissades. — Manhattanville, — Prudent avertissement. — High-Bridge. — Fort Washington. — Spuyten Daniel creek. — Sunny Side. — Mer de Jappan. — Sing- Sing, prison d’État. — L'école mtlitaire de West-Point. — Monument commémoratif en l'honneur de Kosciusko.— Quelques mots sur sa vie. — Le fort Putnam. — La trahison d'Arnold. — Al: bany. — Les cochers de flacre. — Comment on débarque. — Le chemin de fer d’Albany à Buffalo. — Le chasse-vache, — Une station imaginaire. — Buffalo. — Nous arrivons aux chutes du Niagara.
Rien de plus beau, de plus riche et de plus commode aussi que les steamboats qui font le trajet de l'Hudson. Ce sont de vérilables palais flotiants éclairés au gaz, qui vous portent de New-York à Albany (150 milles) pour la minime somme de cinq francs en huit ou neuf heures. Au départ, le coup d'œil est des plus animés. Le pont du navire et les larges balcons qui le couronnent sont chargés régulièrement de quatre à cinq cents voyageurs qui saluent gaiement les amis moins privilégiés, forcés de rester à New-York pour leurs affaires. A un signal donné, le bateau, comme un cygne gigantesque dont il a la grâce avec la blancheur immaculée, s'éloigne, lentement d’abord, en battant avec précaution et mesure l’eau de ses larges palettes de fer. Bientôt il est au large et glisse sur la belle et profonde rivière, à raison de seize à vingt milles à l'heure. Des deux côtés de la rive, nous voyous des curieux armés de longues-vues
qui regardent passer le steamboat, dont l'avant creuse son lit avec tant de force et de vitesse, qu'il soulève une colonne d'eau de huit à dix pieds de haut, C'est l'humide éclaireur de cette divinité aquatique.
J'ai dit qu'on avait comparé l’Hudson au Rhin. Certains Européens trouvent que c’est faire trop d'honneur à l'Hudson : — Sans doute, disent-ils, l'œil est partout ravi des beautés et des surprises de la nature dans ce délicieux parcours de New-York à Albany, mais on n’y voit point, comme sur le Rhin, ces ruines féodales auxquelles s’altachent tant de légendes tendres ou tragiques.
C'est vrai, l'Amérique est un pays nouveau, et son histoire ne se lit point sur des ruines. La sombre et cruelle féodalité n’a point passé par là, et le nouveau monde, fils de l’ancien, a pu recueillir de l’Europe le progrès et la civilisation, née péniblement de ce côté du globe comme l'aurore d’un beau jour après les nuits longues et ténébreuses du moyen âge.
Mais, si l’'Hudson n'a été Île témoin d'aucune histoire de chevalier, il rappelle les luttes suprêmes du génie de Fulton, dotant le monde de la plus grande des in- ‘ventions modernes, la navigation à vapeur. Cela vaut bien une légende. Quel voyageur n’est pas impressionné en parcourant ces eaux où, pour la première fois, malgré les malveillants, les incrédules et les sots, Fulton, monté sur le premier bateau à vapeur, fil à la science la solennelle démonstration de son principe ! En effet, le premier voyage accompli par le premier bateau à vapeur fut de New-York à Albany, et nous contemplàmes avec émolion et recueillement l’endroit même où eut licu le premier tour de roues du navire, dont l'infi.ence incalculable allait si profondément modifier les deslinées de l'humanité tout entière.
Quel jour que celui où Fulton fit cet essai devant la