‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 93 sur 212 · TS 0 L · texte numérisé non relu

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et les médecins eux-mêmes s'adressent en toute sécurité à ces honnêtes industriels, dont la première des vertus est la discrélion : — discrets comme la tombe. Ces contrebandiers de la mort sont connus sous le nom très-expressif de résurrectionnistes. Suivant l’état de la mortalité, ils se chargent de vous approvisionner, à des conditions raisonnables, Ils traitent aussi à forfait, et fournissent toute l’année à un prix invariable des sujets des deux sexes et de tous les âges. Naiurellement pour les résurrectionnistes les bonnes années sont celles où la mortalité a été la plus forte. — Les morts ont donné cet été, disent-ils en se froltant les mains. Très au courant des gens malades, ils suivent avec intérêt les phases de leur maladie, apprennent leur rélablissement avec regret, ou vont avec satisfaction les déterrer après leur mort. Au détail, il y a des cadavres de différents prix, suivant leur fraicheur (c'est le mot dont ils se servent), et aussi suivant la maladie à laquelle le sujet a succombé. Naturellement aussi, s’il y a une petite douceur à faire, soit dans le prix, soit dans la qualité de la marchandise, on la fait de préférence à un client, tandis qu’on tient les prix fermes pour un chaland de circonstance. Il y a de bons et de mauvais clients : des étudiants qui s'élernisent sur un cadavre, tandis que d’autres s’en montrent prodigues, et font ainsi aller le commerce. Avec les premiers ontient les prix fermes; avec les seconds un se montre coulant. Gagner peu sur chaque mort afin d’en vendre beaucoup, telle est la devise de certains résurrectionnistes de l’école de Jean-Baptiste Say. Quand par malheur l’état sanitaire de la population est satisfaisant, les résurrecliounistes s'inquiètent. Les plus prévoyants achètent les morts lorsqu'ils sont encore vivants. En effet on a vu des vauriens, comme il y en a partout, aliéner leur cadavre, et vivre ainsi pendant quelque

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