CHAPITRE X
qu’en Normandie même. Trois cent quatre-vingt-dix constables, huissiers et sergents de ville ne sont point trop pour maintenir en paix le Canada français, tandis que cent quatre-vingt-cinq de ces honorables fonctionnaires suffisent pour rendre les mêmes services dans le Canada anglais. Il faut au bas Canada cinq cent vingt épiciers; quatre cent soixante-quinze suffisent dans le haut Canada. L'anglais, brocanteur par excellence n’a pas trop de trente-deux banquiers ; avec onze le français Canadien se trouve satisfait, Nos voisins d'outre Manche, qui nous accusent parfois d’être une nation de danseurs et de coiffeurs se nourrissant presque exclusivement de grenvuilles, seraient bien attrapés s'ils savaient que le Canada anglais compte six professeurs de danse de plus que le Canuda français, et que le nombre des coiffeurs ne s'élève dans notreancienne colonie qu'à trente, tandis que la colonie anglaise se fait friser par quatre-vingt-qualorze artistes du même genre. Mais allez donc persuader à certains fils d’Albion que nous ne passons pas le temps à dévorer des grenouilles, quand nous ne sommes pas occupés à mettre nos cheveux en papillotes! Autant vaudrait tenter de faire croire à certains Français que les Anglais ne mangent pas la viande crue, et que leur délassement le plus exquis ne consiste pas à se crever mutuellement la poitrine à coups de poing.
J'aurais volontiers passé quelques semaines à Québec, mais Arthur ne le voulut pas. 11 se montra si inquiet de son ex-associé et fit tomber tant de fois la conversation sur les charmes de Saratoga dans ce moment de l’année, que par bienveillance le colonel donna l'ordre du départ. Cette fois nous ne nous amusâmes pas en route, et nous franchimes à toute vapeur la longue distance qui sépare la capitale du Canada de la cité par excellence de la fashion américaine.