CHAPITRE XV
— C'est un véritable cauchemar que votre aventure, dis-je à Arthur.
— Ce n'est pas tout, continua-t-il. Le Winding Sckect est l'antichambre du cimetière à Charleston où la chaleur est si grande, qu'il est impossible de garder chez soi les morts plus de quelques heures. Là, les trépassés sont traités avec tous les égards qu'on doit à de si grandes infortunes, moyennant une rétribution qui constitue en somme un très-beau bénéfice pour les entrepreneurs de ces établissements. A une certaine époque, il y eut plusieurs Winding Scheet en concurrence à Charleston. Chacun ayant voulu offrir aux morts de nouveaux avantages, on finit parles recevoir pour rien. J'ai vu le moment où on leur donnerait, avec la plus aimable hospitalité^ une prime d'encouragement.
Des hommes enlevèrent en sifflant un air de polka mon infortunée voisine, pendant que je me réfugiai sous un hangar au bout duquel stationnaient un certain nombre de corbillards.
Soudain j'entends une voix qui sort d'un des corbillards :
— Qui vient à cette heure, prononce la voix, troubler mon sommeil, garanti par l'administration ?
Je crus à un ressuscité.
— Pardon, monsieur le revenant, dis-je en tremblant, je vais me retirer.
— Oh ! maintenant que je suis réveillé, vous pouvez bien rester ici, si l'endroit a des charmes pour vous.
— Des charmes? pas précisément, répondis-je, sans trop savoir ce que je disais. Mais vous, monsieur le mort, que faisiez-vous ici ?
— Je reposais.
— El pourquoi ne reposez- vous plus ?
— Parce que vous m'avez réveillé, parbleu !
— Ordinairement vos semblables ne se réveillent pas si facilement.
— Mes semblables, dites-vous ; ah çà ! pour qui donc méprenez-vous? pour un mort? sachez donc que je suis un des peintres décorateurs de l'adminislration ; j'étais venu prendre ici quelques instants de repos, et j'aurais vraisemblablement dormi jusqu'au jour, sans votre arrivée et celle de cetle bonne femme. N'auraitelle pas bien pu pour mourir attendre quelques heures de plus?
Ce peintre décorateur était fort aimable et d'une humeur riante. Nous devisâmes jusqu'à la pointe du jour sur l'excellente spéculation du Winding Scheet et sur les services qu'il rendait. Le jour venu, cet aimable décorateur me fit voir les figures allégoriques qu'il avait peintes à fresque sur les murs artistiques de cet établissement. Ces peintures me parurent bien exécutées et on ne peut mieux appropriées à l'édifice qu'ils embellissaient. Je saluai ce nouvel ami, et je retournai chez moi pour faire enlever ma malle.- et me loger ailleurs.
Après un instant de silence, Arthur ajouta :
— J'avais conservé un tel souvenir de cette nuit sinistre, que j'ai voulu vous faire partager mes impressions.
Le colonel remercia de nouveau notre généreux guide, et nous rentrâmes chez nous.
Je ne pus dormir de la nuit, et pendant plusieurs jours les fresques funéraires du Winding Scheet persécutèrent mon imagination.
On voit que si Arihur avait des histoires comiques à nous conter, il en avait aussi de fort peu gaies.
Nous dûmes à un hasard heureux d'aller passer quelque temps dans une plantation cotonnière de la Géorgie.
En rentrant un jour à noire hôtel, le colonel se