‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 133 sur 188 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

vendit. Peu de temps après, une ambassade de couloremies, tatoués et habillés de plumes de couleur, aborda dans Tîle. Ils venaient de la part de leur chef réclamer auprès du gouvernement les deux princes enlevés. Le gouverneur consentit sans peine à leur départ; mais les jeunes gens refusèrent de quitter Cuba, où ils jouissaient, disaient-ils, d'un bonheur qu'ils n'avaient jamais goûté dans leur paj^s.

« Ainsi l'état de prince en Amérique, ajoute madame la comtesse Merlin, ne vaut pas celui d'esclave dans nos colonies. » La conclusion est trop absolue, et il aurait fallu questionner les princes esclaves pour s'assurer s'il n'y avait pas, en dehors des considérations matérielles invoquées par eux, quelque raison morale déterminante qui les empécbât de retourner dans leur pays. Peut-être s'étaient-ils expatriés de leur propre volonté, et redoutaient-ils la colère de monsieur le cacique, leur père. Quoi qu'il en soit, si le métier d'esclave dans les plantations n^est pas un doux métier, tant s'en faut, la vérité exige de dire qu'ils ne sont plus comme dans les premiers temps de la colonisation, livrés à la fantaisie de féroces planteurs.

On s'est demandé, depuis la guerre de l'Amérique surtout, si l'abolition des esclaves n'entraînerait pas la ruine des planteurs, et si, par suite, le monde entier n'aurait pas à souffrir delà rareté du coton, notamment des belles qualités qui se récoltent, nous Pavons dit, . dixnsSeaislands. Il est incontestable que par leur nature les noirs sont plus aptes que les blancs à la culture du coton dans un climat à la fois brûlant et humide, et qui engendre certaines fièvres mortelles dont la race éthiopienne est pour ainsi dire entièrement à Tabri. Mais s'il est trop certain que les nègres sont généralement paresseux, que l'ambition des richesses ne trouble point leur cerveau, que d'autre part ils sont très-sobres

et se contentent pour vivre d'un peu de maïs et de quelques bananes, à la condition de dormir une bonne partie de la journée et toute la nuit, il est certain que la faim, qui fait sortir le loup du bois, ferait aussi rentrer les noirs dans les champs de culture.

Je lisais, il y a quelque temps, dans un journal imprimé à la Nouvelle-Orléans, ce fait, qui milite en fiiveur de ce que j'avance. Le Croissant n'estime pas à moins de quatre millions de dollars, plus de vingt-six millions de francs, la propriété que se sont faite dans cette seule cité les nègres libres. Toute activité ne s'éteint donc pas avec la liberté chez le noir, et on le calomnie en le disant incapable de gagner sa vie. Au reste, la régénération du moral chez le nègre s'accomplira dès qu'il lui sera permis de goûter les bienfaits de l'instruction. On sait que le code noir défend au nègre esclave d'apprendre à lire. Ces malheureuxnoirs sentent si bien qu'ils ne seront réellement aflVanchis que lorsqu'ils seront instruits, qu'ils expliquent de la manière suivante la servitude de leur race.

Ils disent que Dieu, après avoir créé les noirs et les blancs, proposa aux premiers de choisir entre deux dons : l'un de posséder de l'or, Taulre de savoir lire et écrire. Les nègres prirent l'or et laissèrent aux blancs la connaissance des lettres. Irrité de la cupidité des noirs. Dieu ordonna qu'ils fussent perpétuellement gouvernés par les blancs et qu'ils les servissent partout en qualité d'esclaves.

Telle est la puissance de l'instruction qu'elle est reconnue par ces peuples primitifs eux-mômes. L'ignorance les enchaîne dans les peuplades africaines avant de les asservir en Amérique.

De tout ce qui précède, il résulte pour nous la conviction que le coton ne courrait pas des dangers sérieux aux États-Unis, si les nègres, affranchis de droit parla

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