‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 150 sur 188 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

dont le désintéressement égalait le courage, et qui préféra la gloire aux jambons.

En partant de la Nouvelle-Orléans, les principales stations sont : Bâton-Rouge, sur la rive gauche, capitale de la Louisiane, Nalchez, Vicksburg, dans l'État de Mississipi, sur la rive droite du fleuve, et du même côté Memphis. On arrive ensuite au confluent de TOliio et du Mississipi qui perd là son nom et se dirige vers Saint-Louis. A la bifurcation se trouve la petite ville de Cairo (le Caire). En suivant LOhio on arrive à Louisville, état de Rentucky. Puis viennent Cincinnati et Piltsburg, état de Pensylvanie, où s'arrête à peu près la navigation.

Le touriste, maître de sa personne et de son temps comme nous l'étions le colonel et moi, ne manque jamais de s'arrêter à Louisville pour faire connaissance avec l'Etat du Rentucky et visiter la fameuse cave Mammot/i, où l'on peut voyager sur les eaux d'un fleuve souterrain et pêcher des poissons sans yeux. C'est ce que nous fîmes. Le chemin de fer nous conduisit jusqu'à la station de Cave-cily située à dix milles de l'embouchure de la caverne.

Rien de plus attrayant que ces dix milles à parcourir dans un pays qui a conservé sa physionomie de l'époque des Indiens. De temps en temps nous apercevons des cerfs et des troupeaux de dindons sauvages. Partout la nature nous apparaît empreinte de ce caractère de grandeur qui frappe TEuropéen en Amérique, où tout semble incommensurable.

En arrivant à destination, nous descendons dans le Mmmjiot h cave- hôtel jS'ilué à peu de distance de l'entrée du souterrain. Des guides, torches allumées, nous conduisent en excursion dans les profondeurs de la caverne, où des tableaux merveilleux vont se dévoiler à nos yeux.

Ce qu'on pourrait appeler le premier étage de la

caverne n'est ni bien grand ni curieux. Des spéculateurs recueillent là le salpêtre qui se détache en abondance des parois humides de la groUe.

Le second étage, qu'on nomme l'Alhambra, est une féerie des Mille et une Nuits. Tout ce que la mosaïque orientale a pu combiner de plus varié, de plus capricieux, de plus éblouissant, est surpassé par la nature.

Les stalactites éclairées par les torches inondent la caverne des couleurs les plus riches; l'opale se mêle au diamant, l'émeraude à la turquoise, dans ce palais enchanté dont aucune description ne saurait donner une juste idée. Il faut a^oir vu ces merveilles pour comprendre ce que le sens de la vue peut apporter en nous de charme saisissant.

Quel décorateur pourrait imaginer ce fouillis sublime de rosaces, de girandoles, de treillis^ d'encadrements cintrés, de portiques à colonnettes de jaspe et de porphyre, aux chapiteaux d'or et d'argent, aux cascatelles de diamants, aux fontaines d'où semblent couler des flots de topazes et de rubis? Cela se voit et s'admire, mais cela ne s'imite pas plus que cela ne peut se décrire.

Quand l'œil, fatigué, mais non rassasié par la contemplation de cette symphonie du regard, éprouve le besoin de quelque repos, on passe au troisième étage où se trouve ce qu'on appelle le cimetière turc.

L'illusion est complète : des tombes musulmanes couronnées de turbans sontpartout dispersées et entremêlées de cyprès. Les cyprès sont formés de concrétions basaltiques qui semblent avoir été taillées par le ciseau du sculpteur. Des ruines ajoutent à l'effet du tableau et servent de contraste à une mosquée surmontée de minarets, dont une partie seule s'est écroulée. On croit entendre la voix dolente du muezzin appelant les morts à la prière.

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