‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 155 sur 188 · CHAPITRE XVIiT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIiT

homme fût mort de peur. Lui, sans rien perdre de son sang-froid, inspecta les lieux, se rendit compte de toutes les difficultés, mesura les distances, et, tout calculé, il resta convaincu qu'en plaçant le pied à l'extrémité d'une pierre suspendue au-dessus de l'abîme, il pourrait, en allongeant le bras et en s'éclairant de la hmlerne, atteindre la corde et la ramener à lui.

Mais cette pierre était-elle solide pour supporter le poids de son corps? c'est ce dont l'explorateur ne pouvait s'assurer qu'en montant dessus. Il n'hésita pas, pourtant, car des deux genres de mort, qui s'offraient à lui, l'un par la faim à Tendroit où il se trouvait, l'autre par la chute au fond de l'abîme, si la pierre venait à se détacher, il préférait ce dernier. En conséquence il grimpa sur la pierre qui heureusement était solide, et quelques lambeaux de terre seuls se détachèrent autour d'elle. Alors il allongea le bras, mais, ô déception! il s'en fallait d'une demi-longueur de main qu'il pût atteindre la corde. Celte fois il se crut perdu, sans toutefois que son inaltérable courage en fût le moindrement ébranlé. Il chercha de nouveau autour de lui, et ne vit rien qui pût l'aider à rattraper la corde. Mais Dieu protège les gens courageux.

— C'est vrai, dit le colonel.

— Une inspiration lui vint, et celte inspiration le sauva. N'avait-il pas l'anneau de sa lanterne!... Vite, employant ses dents, d'excellentes dents, heureusement pour lui, dont il se servit en guise d'outils, il confectionna un crochet très-commode et suffisamment long, dont le manche était la lanterne même. Alors, et très-aisément, il put saisir la corde balante et la ramener jusqu'à l'ouverture de la grotte. En possession de sa corde, il eut soin cette fois de la fixer solidement au rocher. Cette précaution prise, il s'avança dans la galerie à une distance de cent cinquante à deux cents

mètres. Il ne fut arrêté que par un éboulement de terrain qui obstruait entièrement le passage. Force lui fut de revenir sur ses pas. Chemin faisant, il découvrit une seconde ouverture qu'il n'avait pas d'abord aperçue; il y pénétra. Après avoir marché pendant quelques minutes, il vit que la distance à franchir était considérable et que la bougie de sa lanterne touchait h sa fin. D'un autre côté, ses vêlements entièrement mouillés le faisaient grelotter de froid. Il ne pouvait, sans une vaine témérité, pousser plus loin son excursion. Il revint donc une seconde fois à l'entrée de la grotte, et, s'étant passé la corde autour du corps, il donna le signal de le hisser.

L'ascension s'accomplit assez difficilement par suite de la mauvaise disposition de la corde mal nouée autour du corps de l'explorateur, ce qui le fit cruellement souftVir. Mais cette sensation s'évanouit bientôt devant l'imminence d'un nouveau péril, qu'il n'était pas donné au courageux jeune homme de conjurer.

— Vraiment! ce récit est effrayant, dit Arthur. Encore une fois, s'il avait suffisamment réfléchi, il eût agi sagement en n'entreprenant pas celte folle excursion.

— Et qui vous a dit, Arthur, fit le colonel, qu'il n'y a pas de la sagesse dans certaines folies ?

— Notre héros, continua le témoin oculaire de cette aventure, n'était plus qu'à quatre-vingt-dix pieds de l'ouverture du Maelstrom, lorsque ses oreilles furent frappées par des exclamations et des cris de terreur qui s'élevaient au-dessus de sa tête. Malgré la grande profondeur où il se trouvait encore, il entendit distinctement ces paroles :

La corde est en feu! de l'eau ! de l'eau !

— En effet, le frottement de la corde sur la longue planche qui lui servait d'appui en avait déterminé

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