CHAPITRE XVIII
l'inflammation, et le jeune homme devait s'attendre à chaque seconde à se voir précipiter dans Tabîme béant sous ses pieds. On n'avait point d'eau sous la main. Heureusement un des assistants possédait une gourde d'une boisson mélangée d'eau et d'eau-de-vie. On vida la gourde sur la corde enflammée, et l'explorateur put être, sans autre incident, hissé jusqu'à l'orifice du Maelstrom, dont les mystères, impénétrables jusquelà, venaient d'être pénétrés.
— Quel eflet, demanda le colonel, éprouva ce jeune homme en voyant la lumière?
— Il était aussi calme au retour qu'au moment du départ, et le docteur Wright qui lui tâla le pouls le trouva dans un état tout à fait normal.
— Il n'avait donc réellement, ajouta sir James, éprouvé aucune crainte.
— Aucune; mais il n'en était pas de môme de ses compagnons, qui, tout danger disparu, se laissèrent choir, brisés par la fatigue et l'émotion.
Des vêtements chauds avaient été préparés pour l'explorateur, qui les revêtit et but la valeur d'un petit verre de rhum.
Quand il fut réchauffe et réconforté par la liqueur généreuse, il raconta dans tous ses détails son excursion, bien plus périlleuse encore qu'on ne l'avait soupçonnée.
On chercha le docteur, il était évanoui.
Tel est, dit en terminant notre narrateur, le compterendu fidèle de la descente au Maelstrom par ce jeune Américain, qui a tracé son nom sur la pointe d'un rocher au plus profond de l'abîme, lequel restera probablement vierge de tout visiteur dans l'avenir.
— Ah ! dit le colonel à demi-voix et en s'adressant à moi qui seul pouvais bien le comprendre, je croyais qu'il fallait du courage pour s'ôter la vie ; je vois qu'il
en faut plus pour vivre d'une cerlaine façon et affronter la mort sans se la donner.
Après ce récit nous remontâmes émerveillés de tout ce que nous avions vu, mais le cœur oppressé par un sentiment d'inexprimable malaise. Je crus revenir à la vie en revoyant la lumière et en respirant le grand air.