‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 158 sur 188 · CHAPITRE XTX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTX

théologie; une compagnie de charpentiers; une compagnie de cordonniers; une compagnie de perruquiers ; une compagnie de célibataires; une compagnie de pères de famille^ et un régiment de chasseurs à cheval, formé uniquement de chasseurs exercés à la poursuite dulièvre,durenardetdu buffle. Un régiment qui mérite aussi d'être cité, c'est celui qui porle le numéro 24; il est composé entièrement de sauvages loways plus ou moins convertis au christianisme, et commandés par les prêtres qui les ont catéchisés. Les loways formèrent autrefois une nation puissante et batailleuse entre toutes les nations batailleuses des sauvages de l'Amérique. Aujourd'hui ils sont en petit nombre et ont abandonné la vallée du Mississipi pour venir planter leur tente sur les frontières de Missouri. Contrairement à tant d'autres peuples du monde qui se disent orgueilleusement descendus directement des divinités auxquelles ils croient, les loways se croient trop modestement les fils des animaux qui jadis peuplaient notre globe. C'est une folie comme une autre, ni plus ni moins ridicule que beaucoup d'autres, et cela ne les a pas empêchés d'être puissants et respectés, parcequ'ils étaient nombreux et belliqueux. Belliqueux surtout; en temps de paix, ils se mouraient d'ennui, et on les a vus déclarer la guerre à des peuples amis, pour le seul plaisir de se battre.

On connaissait leur humeur guerrière dans l'armée du Nord et on espérait recevoir d'eux des services utiles. Cependant on ne s'y fiait qu'à demi et on les appelait dérisoirement le régiment des prêcheurs. Une occasion récente vient de prouver que les loways, sont toujours dignes de leur ancienne réputation, et que les prêcheurs qui les commandent savent concilier les devoirs de la guerre avec ces paroles de l'Éciilure : c Vous ne tuerez point, et quiconque tuera ou se

(( mellra en colère contre son frère méritera d'être (( condamné au feu de l'enfer. »

C'était pendant le siège mémorable de Wicksburg. Le général unioniste Grant, croyant pouvoir s'emparer de la ville par un coup de main, distribua son corps d'armée de manière à la surprendre par derrière. Mais les confédérés avaient tout prévu et le général Grant eut à s'emparer d'abord d'une batterie de quatorze gros canons établie sur une colline escarpée dans une position des plus avantageuses. Pour vaincre ce premier et redoutable obstacle, il lui aurait fallu des compagnies d'élite, babituées à braver la mort; or le général n'avait sous la main, dans ce moment décisif, que le régiment des prêcheurs. C'était peu, dans son opinion, probablement; néanmoins, comme il n'avait pas le choix, il donna l'ordre aux loways d'enlever là batterie. Le colonel prêcheur se tournant aussitôt vers sa troupe de sauvages ; « On nous accuse, dit-il, de n'être que des prêcheurs : soit; voilà une chaire originale et difficile, allons-y prêcher... » Amen ! «répond le régiment. Et les voilà partis en faisant retentir les airs de leur terrible cri de guerre. En vingt minutes la colline était gravie, malgré la mitraille qui semait la mortdans les rangs, les canons pris et l'ennemi culbuté. Le régiment des prêcheurs avait fait entendre cette fois un sermon à effet. L'armée entière applaudit à ce brillant fait d'armes, et, si le 24""° garde encore sa qualification, ce n'est plus comme un sobriquet, mais comme un litre de gloire.

Mais la plus cnrieuse des compagnies de volontaires, c'est bien certainement le 11'"^ régiment de la milice new-yorkaise. Ce régiment fut d'abord composé de quinze cents musiciens instrumentistes ou chanteurs, pris dans tous les orcheslres de théâtres et de bals, et dans les diff'érentes sociétés chorales du pays.

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