CHAPITRE XIX
Retour à New-York. — Préparatifs de guerre. — Les volontaires. — Engins de destruction. — Anecdote bouleversante. — Les imprécations d'un désunioniste. — Boutade philosophique du colonel. — Un puff de circonstance. — Organisation de la marine américaine. — Le Monitor et le Merrimac. — Leur rencontre. — Les rêves d'extermination d'un ex-bonnetier.
Le colonel avait hâte de retourner à New- York. Aussi ne fîmes-nous que de courtes stations dans les villes qui nous séparaient de la cité impériale. Nous arrivâmes à New- York, le jour môme ou la Caroline donna l'exemple de la séparation (20 décembre 1860). C'était la guerre entre le Sud et le Nord, cette guerre qui, déclarée chez un peuple pour ainsi dire entièrement dépourvu d'armée régulière de terre et de mer, allait donner au monde étonné et attristé l'exemple des luttes les plus gigantesques dont l'histoire ait conservé le souvenir. Le spectacle d'un grand peuple dans la situation des États-Unis ne pouvait que vivement exciter la curiosité de tous les militaires. Le colonel voulut voir comment s'improviserait l'armée des volontaires et tout l'armement dans ce pays, dont la force jusqu'alors avait consisté précisément dans l'absence de troupes et de flotte de guerre. Nous restâmes donc à New- York, paisibles spectateurs des préparatifs de cette tragédie etfroyable, dont le terme ne saurait être prévu.
Les premiers volontaires qui se présentèrent pour soutenir la cause de l'Union voulurent tous appartenir aux compagnies de zouaves. Nos zouaves français, depuis les guerres de Crimée et d'Italie, sont passés
partout à l'état de troupes légendaires. Mais les qualités guerrières du zouave sont des qualités toutes françaises, et l'habit, qui ne fait pas le moine, ne fait pas non plus le véritable zouave. Oulrc le courage poussé jusqu'au mépris de la mort dont les soldats de cette arme ont si souvent donné l'exemple, en Russie comme en Afrique, en Chine comme en Italie, il y a chez eux en général une adresse, une légèreté de mouvements, une résistance à la fatigue, un scMiliment d'initiative et une humeur sérieusement joviale, toute parisienne, que les étrangers ne sauraient posséder au même degré. Si les Américains du Nord, aussi bien que ceux du Sud, ont fait preuve d'une bravoure à toute épreuve en montrant aussi qu'ils savaient braver la fatigue et les privations, il est hors de d; iite qu'il leur a toujours manqué celte bonne humeur intarissable, cette gaminerie sublime, qui caractérisent le soldat français en campagne, et contribuent certainement à ses succès.
Il élait de toute impossibilité que les pompiers américains ne profitassent pas de l'occasion pour se faire quelque peu zouaves, afin de mieux déployer l'ardeur dont ils sont naturellement animés. A côté des zouaves pompiers, nous vîmes se former les zouaves allemands, composés exclusivement d'Allemands; les zouaves canadiens, pris parmi les hommes de cette colonie; les zouaves de Wilson, enfin les zouaves nationaux. Parmi les corps spéciaux, je remarquai encore les gymnastes allemands, la garde Lafayette, composée de Français, et la ga?'de Gainbaldi, formée d'Italiens.
Les Américains, qui, plus que tous les autres peuples peut-être, ont la manie des corporations, formèrent des compagnies spéciales avec de petits drapeaux différents. On nous a fait voir une compagnie d'étudiants, composée d\Hudiants en droit, en médecine et eu