CHAPITRE XÎX
Les idées valent de l'argent en Amérique.
Ericsson trouva des capitaux.
Alors il offrit au congrès de faire lui-même les avances nécessaires pour la construction de son engin, ne demandant que le remboursement de cet argent dans le cas où l'invention serait de tous points conforme aux espérances de son auteur.
Cette fois, le congrès accepta.
Le contrat fut signé dans le mois d'octobre 1861, et cent un jours après ce mémorable contrat, le Moni- ^or sortait des chantiers de MM. S. Bushnell et C pour prendre, comme un conquérant, possession de son royaume et faire trembler tous ses sujets, les vaisseaux de bois de l'ancien régime.
Une révolution radicale, préparée par les navires blindés, venait de s'accomplir.
Les vaisseaux de ligne avaient vécu.
Cependant des doutes s'élevaient, en Amérique aussi bien qu'en Europe, sur les qualités du Monitor. On attendait les épreuves prescrites pour savoir sûrement si les boulets n'avaient aucune action sur sa double carapace de fer, si réellement il était inexpugnable, comme le prétendait l'inventeur, et si, malgré sa pesanteur et son fond plat, il tiendrait la haute mer et gouvernerait facilement.
L'épreuve devait être courte, mais solennelle et décisive.
Le 8 mars .1862, à midi, le bateau-vigie du fort Monroë signala aux deux frégates fédérales Minnesota et Roanoke l'approche d'une sorte de monstre marin qui marchait lentement, se dirigeant sur New-Port-News, escorté de deux canonnières.
Ce monstre marin était le Merrimac, navire cuirassé, sur lequel les rebelles avaient placé tout leur espoir.
Après être entré avec son escorte dans le chenal de
New-Port-News^ il se dirigea droit sur le Congrcss et le Cumberland, qui se trouvaient à l'ancre à l'embouchure de la rivière James.
Les frégates Minnesota et Buanoke, voyant le danger qui menaçait le Congress et le Cumberland,, voulurent leur porter secours. Malheureusement le Minnesota seul était sous vapeur en ce moment, et le Boanoke fui obligé de se faire remorquer, ayant un piston brisé.
Ces deux navires arrivèrent trop tard, et le combat devait être tout d'abord entre le Met^imac et les deux canonnières contre le Cumberland et le Congress.
Le MerrimaCy pour se rapprocher de ces deux navires, fut obligé de passer à portée des batteries fédérales de New-Port-News, qui ouvrirent leur feu sans que le monstre marin daignât répondre. A un moment donné, il se trouva entre les deux frégates ennemies, et reçut toutes leurs bordées à une distance de moins de cent mètres. Le choc fut terrible, mais les boulels ricochaient sur la cuirasse de fer du redoutable navire, faisant l'effet de la grêle sur le toit d'une maison.
Gomme un ennemi qui connaît sa puissance et ne se laisse pas intimider par de vaines menaces, le Merrimac parut réfléchir et choisir sa proie.
Il choisit le Cumberland^ frégate de 20 canons, montée par cinq cents hommes.
Courant alors à toute vapeur sur ce malheureux navire, il le joignit et le poignarda littéralement, en lui enfonçant dans le flanc ses deux immeilses éperons placés à sept pieds de dislance l'un de l'autre et à hauteur de flottaison. Après cette horrible blessure, qui flt au navire de bois deux trous énormes, le Merrimac se recula de quelques mètres et lui lança une bordée meurtrière. Puis il revint sur sa proie et lui laboura sa carène en la perçant de nouveau de ses éperons. Après quoi il le laissa sombrer et se dirigea sur le Congress,