‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 163 sur 188 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

qui se trouvait à nn quart de mille du Cnmberland.

Pendant que le Merrimac assassinait ce nnalheureux vaisseau, dont l'équipage ne pouvait que mourir courageusement, ce qu'il a fait, le Cong?'ess, de 40 canons, tenait tête aux deux canonnières confédérées. Il eût pu, quoique désemparé, lutter quelque temps encore; mais, après avoir vu couler le Cumberland, et n'ayant aucun moyen d'action pour se défendre contre la cuirasse de fer et les éperons du Merrimac^ il amena son pavillon. Une canonnière s'approcha du navire vaincu, et prit à son bord tous les officiers prisonniers, laissant l'équipage se sauver dans les canots. Le feu fut ensuite mis à la frégate, après quoi le Merrimac et ses deux acolytes cuirassés attaquèrent les batteries de New- Port-News. Les batteries ripostèrent vigoureusement, et la lutte continua jusqu'à la nuit, qui apporta une trêve entre les combattants.

La nuit venue, le Merrimac se reposait tranquillement sur ses lauriers, attendant le jour pour recommencer ses exploits, lorsque l'arrivée tout à fait imprévue du Monitor, à dix heures du soir, souleva parmi les fédéraux un immense hurrah. Le Monitor, parti de New- York et ayant essuyé plusieurs bourrasques pendant lesquelles il avait déployé d'excellentes qualités de mer, arrivait par hasard à New-Port-News. Les unionistes virent dans cette coïncidence les desseins de la Providence. Immédiatement les mesures furent prises pour le combat.

Le lendemain matin, dimanche 9 mars (toutes les batailles importantes entre les fédéraux et les confédérés ont eu lieu un dimanche, le jour sacré du repos), on vit le Merrimac et sa suite de bateaux cuirassés se ranger en face de la pointe Sewall. Un brouillard épais ne permit pas d'abord aux navires ennemis de manœuvrer ; mais peu à peu le brouillard se dissipa, et le

Monitor^ impatient de justifier les espérances qu'on avait fondées sur lui, et jaloux de venger les vaisseaux fédéralistes, prit ses dispositions de combat. Il alla se placer en avant, à gauche du Minnesota^ du Saint- Laurent et des canonnières unionistes arrivées dans la nuit à la suite de ces frégates.

A huit heures, le Merrimac s'avança à trois milles du Minnesota, et sembla ne faire aucun cas du Monitor^ dont il ignorait ou dont il feignait d'ignorer la puissance. Ce dernier laissa s'approcher son adversaire jusqu'à la distance d'un mille. Puis, à l'imitation de ces boxeurs émériles qui lancent à leurs adversaires un coup de poing à assommer un bœuf, et les regardent en souriant comme pour leur dire : C'est moi ! le J/on«7or envoya un boulet au Merrimac ^à.OY\i\e choc fut tel que la marche de ce dernier navire en fut ralentie.

Le Merrimac y six fois plus gros que le Monitor et armé de deux canons Armstrong de dOO, et de huit canons de onze pouces d'ouverture, attendit tranquillement son antagoniste, renonçant pour le moment à couler les frégates en bois, ce qui était pourtant bien tentant.

Quand les deux monstres de fer ne furent plus séparés l'un de Tautre que par un quart de mille, ils se canonnèrent à cœur joie.

Le Merrimac tirait quatre coups de canon contre le Monitor un.

Qu'importe ! M. Ericsson n'avait-il pas dit que son engin n'avait rien à craindre de personne, et que tous devaient trembler devant lui?

Les espérances de l'ingénieur suédois se réalisaient, et le Merrimac^ comprenant qu'il n'endommagerait pas son adversaire à coups de canon, voulut essayer sur la carapace de son ennemi la souveraine puissance de ses éperons. Prenant son élan, il se précipita comme

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