CHAPITRE XIX
L*état-major du Monitor se composait d'un lieutenant commandant, John-S. Worden, d'un 'deuxième lieutenant, de deux seconds, d'un comptable, d'un chirurgien, d'un ingénieur et de deux mécaniciens.
Maintenant quelques détails sur la construction du Monitor.
Extérieurement, le Monitor ne présentait aux boulets ennemis qu'une coque de la hauteur de dix-huit pouces. Cette coque était surmontée d'une tour de vingt pieds de diamètre sur dix pieds de haut. Sa cheminée rentrait en elle-même pendant le combat, étant faite d'anneaux qui s'emboîtaient les uns dans les autres, comme une longue-vue. Les deux extrémités du Monitor étaient très-pointues. Le fond en était plat et d'une profondeur de six pieds et demi. Sa longueur était de cent vingt-quatre pieds, sa largeur de trente-quatre. Il était construit de huit plaques de fer d'un pouce d'épaisseur chacune. Cette première carapace se trouvait doublée d'une seconde coque, pointue comme la première aux deux bouts, ayant quarante pieds quatre pouces de large, sur cent soixante-quatorze pieds de long. Elle recouvrait la coque inférieure de trois pieds sept pouces sur les côtés, et de vingt-cinq pieds à chaque extrémité, protégeant ainsi l'ancre, l'hélice et le gouvernail. Les flancs de cette carapace supérieure consistaient en une plaque de fer intérieure et une muraille de chêne blanc de trente pouces d'épaisseur, recouverte d'une cuirasse de fer de six pouces. Lorsque cette batterie était disposée pour le combat, la carapace inférieure se trouvait submergée entièrement, et la coque supérieure baignait alors dans l'eau de trois pieds six pouces.
L'intérieur était entièrement libre d'entre-pont. Aucun agrès, aucun bastingage n'apparaissait à l'extérieur. Il n'y avait d'exposé au canon de l'ennemi que
la tour, la cabine du pilote et le couvercle qui bouche le trou de la cheminée. L'inclinaison de la coque inférieure était calculée de manière à ce qu'un projectile, pour l'atteindre, devait traverser vingt-cinq pieds d'eau. Le projectile, déjà amorti par celle force de , résistance^ ne rencontrait qu'une surface verticale h un angle de dix degrés. Un abordage n'était dans aucun cas à redouter, la seule entrée possible étant par la tour, par où un seul homme à la fois pouvait pénélrer. Il eût élé inévitablement tué dès son apparition. D'ailleurs cette tour était à l'épreuve de la bombe et du boulet. Elle tournait sur elle-même au moyen d'une machine à vapeur à double cylindre, et renfermait deux canons de onze pouces d'ouverture. Cette disposition permettait aux canonniers de pointer dans toutes les direclions. En outre, elle était protégée par huit plaques en fer d'un pouce chacune. Son toit était plat et à l'épreuve des projectiles. Il était fait de plaques en fer percées de trous reposant sur des souliens de fer forgé.
Des meurtrières étaient ménagées pour un feu de mousqueterie, dans le cas d'abordage. Les canons lançaient à une distance considérable des boulets de cent quatre-vingt-qvatre livrées. Ces boulets sont forgés et reviennent à 235 francs chacun. Voici comment on les fabrique. Ce sont d'abord des blocs de fer carrés, dont les pointes sont battues jusqu'à ce qu'ils aient pris la forme ronde. Ces boulets redoutables sont faits en vue de transpercer les cuirasses de la nature de celles du Merrimac, et l'on a vu qu'ils atteignent leur but.
Le Monitor ne devait point périr par le canon de l'ennemi, mais englouti sous les flots. Par une tempèle affreuse il disparut pour toujours, il y a six mois environ, avec tous les hommes qui le m.ontaient. Ce fut un deuil pour la marine, mais non un sujet de dé-