‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 58 sur 188 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

semblables se renouvelaient presque chaque jour à Albany, où débarque le plus grand nombre des émigrants allemands venus par New-York.

Albany est unejolie ville, riche en belles habitations particulières, mais qui ne renferme que deux monuments dignes de fixer l'attention : la cathédrale catholique et le Capilole, curieux mélange des genres égyptien, grec, romain, gothique et moderne.

Pourvoir Albany comme il doit être observé, il faut y venir à l'époque de la session législative. La capitale de l'État de New-York prend alors une physionomie toute particulière et offre au philosophe d'abondants traits de mœurs à observer. Sa population s'accroît subitement de plusieurs milliers d'étrangers qui ne viennent pas là précisément pour contempler le paysage. Ce sont d'abord les représentants politiques avec leur famille, puis la foule des ambitieux et des spéculateurs en tous genres qui sollicitent pour leur compte ou pour celui d'autrui. C'est un propriétaire qui espère faire voter une ligne ferrée passant sur ses propriétés, afin d'obtenir un dédommagement qui l'enrichira. Ce sont des industriels qui viennent proposer à l'État le moyen de décupler la fortune publique... et un peu la leur par la même occasion. Ce sont des imprimeurs décidés à employer tous les moyens plus ou moins parlementaires pour obtenir le privilège si recherché de l'impression des actes, lois et proclamations de la chambre. C'est enfin la tourbe des intrigants et des intrigantes qui s'abattent sur les hommes du pouvoir comme des nuées d'oiseaux de proie sur l'objet de leur convoitise.

Un journée nous suffit à voir Albany, et, sur l'invitation du colonel, nous nous disposâmes à continuer notre route vers les chutes du Niagara, dans lesquelles sir James avait de moins en moins l'envie de finir ses

jours. Nous prîmes le chemin de fer jusqu'à BufTalo, ayant l'inlention, en arrivant dans cette ville, de continuer, dans une voiture particulière, notre voyage jusqu'aux fameuses cataractes.

Les chemins de fer en Amérique ont une physionomie essentiellement originale. Les convois ne sont point formés, comme en Europe, de waggons de différentes classes. L'égalité la plus parfaite règne en chemin de fer aussi bien que dans les théâtres américains, où d'ordinaire il n'y a qu'une seule catégorie de places. Le train que nous prîmes se composait de quatre à cinq longues caisses posées sur des essieux h. pivot, portant chacun quatre roues. Ce genre d'essieux est indispensable là-bas, parce qu'il permet au convoi les courbes nombreuses et souvent très-brusques qu'on rencontre un peu partout. Ces grandes caisses renferment des stalles à dossier de bois, nullement rembourrées, mais qui tournent sur elles-mêmes, de manière à donner au voyageur la possibilité d'aller à son gré, en avant ou en arrière. Ces caisses, communiquantentre elles, permettent au voyageur de se promener dans toute la longueur du train, et de changer de place en route, si bon lui semble. En hiver, un calorifère chauffe touf le convoi. On trouve en outre dans ces voitures un cabinet séparé contenant un divan à la disposition du premier occupant, et deux autres cabinets : l'un est un cabinet de toilette qui renferme une fontaine d'eau glacée avec un gobelet y attaché ; sur la porte de l'autre cabinet, on lit : Water closet. En route, le conducteur laisse monter déjeunes garçons qui circulent d'un bout à l'autre du train, débitant des gâteaux, des journaux, des livres, des cigares. On les voit descendre à la station suivante pour exploiter un nouveau train, et ainsi de suite toute la journée. Les voies américaines n'ont pas d'enclos. Aussi rencontre-l-on souvent des bestiaux cou-

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