CHAPITRE X. 1G
fardée des eaux en général, n'avait pas un grand al Irait pour sir James qui, venu en Amérique pour se suicider, voulait, ayant changé d'avis, profiter de son voyage pour visiter les curiosités particulières au Nouveau Monde. L'imitation de l'élégance européenne n'offrait rien qui pût le séduire, ayant si souvent contemplé l'original à Bade, à Hambourg, à Vichy, à Ems, à Biarritz, etc. 11 rejeta donc le projet d'aller à Saratoga et pencha pour une excursion au Canada. 11 voulut voir cette belle possession française, devenue anglaise par l'impardonnable incurie de Louis XV, qui, n'ayant rien fait pour conserver cette colonie, se consolait de sa perle en disant bêtement : « Après tout, que nous font quelques arpents de neige au-delà des mersl » En effet cela devait être très-indifférent aux maîtresses de ce galant monarque. Mais, quand on sait que ces quelques arpents de neige sont devenus un pays d'une longueur de quatre cents lieues de long sur cent lieues de large peuplé par deux millions d'habitants, un pays dont le sol fertile produit pour une valeur annuelle de plus de cinq cents millions, indépendamment de l'exploitation des forêts et de ses pêcheries, sans rivales, peutf'tre (1) ; un pays enfin dont l'industrie occupe une ffotte océanique du port d'un million de tonneaux, et une flottille intérieure de plus de deux cents mille, on ne peut que déplorer l'aveuglement d'un roi plus fait pour présider les petits soupers que pour gouverner une nation .
Quoi qu'il en soit, plus le colonel manifestait le désir de voir le Canada, plus Arthur se cramponnait à Saratoga dont il vantait les plaisirs variés avec un enthousiasme qui ne lui était pas ordinaire.
(I) Dans les années réunies de 1847 et 1848 il a été péché dans le seul golfe de Saint-Laurent la valeur de 532,711 barils de maquereaux, sans compter les autres espèces de poissons.
— Arthur, lui dit sir James Clinton, vous avez quelque intérêt particulier à voir en ce moment Saratoga.
— Moi ? répondit Arthur, non... oui... peut-être.
— Je l'avais deviné, dit le colonel. Et quel intérêt avez-vous à nous conduire dans ce pays de la fashion américaine?
— Puisque vous Tavez deviné, à quoi me servirait de dissimuler? reprit Arthur; eh bien, oui j'ai intérêt à visiter Saratoga en ce moment; il y va de ma fortune, peut-être, et dans tous les cas il y va de mon repos.
— Diable, fit sir James, c'est grave.
— Très-grave. Voici : mon ex-associé, qus Dieu confonde, avait une bronchite chronique qui le faisait beaucoup souffrir, pas assez toutefois puisqu'elle ne l'a pas tué. Il me faudrait, me disait-il quelquefois, prendre des eaux sulfureuses; elles mg sont ordonnées par les médecins ; malheureusement elles me sont défendues par ma bourse. Ah ! si je parviens un jour à faire un beau petit bénéfice inespéré, j'irai en boire une partie aux sources frimeuses du Congress Water...
— Eh bien ? dit le colonel.
— Eh bien, ajouta Arthur, vous savez aux dépens de qui mon scélérat d'associé a réalisé le beau petit bénéfice inespéré dont il me parlait, et le Congress Water se trouve à Saratoga... D'ailleurs, reprit notre guide d'un air piteux, je vous assure que Saratoga est un endroit charmant, on ne peut mieux habité, et que nous nous y amuserons beaucoup.
Le colonel et moi nous nous mîmes à rire de la Daïve perïistance de ce pauvre Arthur à rechercher son ex-associé. Que de réflexions n'avait-il pas dû faire avant de s'arrêter au projet d'aller surprendre son voleur en train de guérir ses bronches aux sources du Congress Water!
— Soit, dit sir James avec bonté, nous irons à Sa-