CHAPITRE X
ratoga, puisqu'on s'y amuse tant et qu'il est si bien habité ; mais d'abord nous pousserons une pointe rapide à travers le Canada jusqu'à Québec. Cela vous donnera tout le temps nécessaire pour réfléchir au meilleur moyen de vous emparer de votre criminel buveur d'eau.
— En effet, dit Arthur en secouant lentement la tête, il convient toujours de réfléchir mûrement, pour ne rien tenter à la légère.
Le lendemain nous nous mettions en route pour Montréal.
Que de magnificences partout sur cette belle terre du Canada ! Je ne crois pas qu'il y ait un pays au monde plus généreusement doté par la nature sous le rapport des sites pittoresques. Partout Tœil se réjouit à la vue d'une beauté nouvelle, et partout il faut admirer de larges et longues rivières dont beaucoup sont tributaires du grand fleuve Saint-Laurent qui ne le cède en rien, à mon avis, au fameux Mississipi tant vanté par les navigateurs et les simples touristes. Les plus grands vaisseaux de commerce peuvent sans danger naviguer jusqu'à Québec, située à cent cinquante lieues de son embouchure. Quel avenir n'est pas réservé à cette partie de l'Amérique si injustement dédaignée dans les premiers temps de la colonisation ! Déjà le Saint- Laurent est croisé en tous sens, aux époques les plus favorables à la navigation, par des flottilles de navires à voiles et de bateaux à vapeur, qui répandent la fortune et animent le paysage. D'abord nous passons devant les comtés de Pesth, de Wellington et de Waterloo. Je ne pus m'empêcher de remarquer à haute voix devant sir Jam.es, que, partout où vivent quelques Anglais, une chose quelconque s'appelle Wellington ou Waterloo. Je sais bien que Waterloo a été une belle partie gagnée par l'Angleterre contre la France sur le
I7i L AMERIQUE TELLE QUELLE EST.
lapis vert de la politique plus encore que sur le champ de la gloire militaire; mais est-ce une raison pour s'en tant vanter? Nous sommes plus modestes, nous autres Français, et nos victoires n'ont pas besoin de si nombreux témoignages pour les attester au monde. Quoi qu'il en soit, c'est à Pesth, à Wellington et à Waterloo que les Allemands, colonisateurs par excellence, ont formé un établissement considérable dont le chef-lieu est la petite ville de Berlin. Pourquoi les Allemands n'ont-ils pas appelé leur chef-lieu Blûcher? Un peu plus loin nous vîmes Hamillon, ville commerçante située Irès-favorablement au fond de la baie de Burlington. Une halte forcée à Torenlo nous permit de visiter cete ville, propre, engageante, construite, quoique sans monotonie, avec ki régularité des grandes villes de l'Union. De Torento où sont établis un certain nombre de Français, nous cheminâmes vers la rive nord du lac Ontario, où nous aperçûmes, comme nichée au fond de la baie du Quinte, la pelile cité de Belleville qui fait, je crois, partie du comté de Haslings.
A la vue de cet endroit le colonel ne put se défendre d'un sentiment d'orgueil national. C'est là, en effet, que se réfugièrent les colons de la Nouvelle-Angleterre qui, après le départ de l'armée anglaise, refusèrent de pactiser avec la rébellion victorieuse. Pour ces fidèles de la mère patrie, l'indépendance américaine était un crime, non une gloire, et ils ne voulurent ni directement ni indirectement s'y associer. Leur affection pour l'empire britannique leur fit donner par les Américains, touchés de leurs vertus plus qu'irrités de leur aveuglement, le beau nom de United empire loyalists; ce qui signifie les loyaux du royaume uni. Les Américains se considéraient-ils comme manquant de loyauté? Non, certes, mais ils voulurent rendre à cette