CHAPITRE X, is;i
longue, ni coûteuse. La quanlitô de sucre d'érable vendue sur les marchés canadiens a été, en 1851, de dix millions de livres. Ce chiffre est susceptible d'une grande augmentation, et l'Amérique, qui a reçu la canne à sucre des Européens qui eux la tenaient des Arabes, lesquels la tenaient peut-être des Indiens, payera probablement un jour sa dette h l'Europe, en lui renvoyant un saccharifère aussi riche que la canne dont les Antilles se sont enrichies avec le Brésil et plusieurs autres contrées des pays chauds du Nouveau Monde.
Nous descendons à Québec, dans un hôtel confortable et, comme tout voyageur avide d'émotions nouvelles, notre premier soin est d'aller visiter la ville. Elle n'est pas grande et sa population ne dépasse guère quarante-cinq mille habitants. Mais partout régnent le mouvement et l'intelligence des affaires. Pour en donner une idée, il suffira de citer quelques chiffres. Québec, en 1853, a vu son exportation par eau, s'élever à une valeur de 32 millions de francs, à l'aide d'une flotte de commerce d'une jauge de 100,000 tonneaux. L'activité intellectuelle n'est pas moindre que Tactivité manuelle au Canada qui compte environ cent publications périodiques dont le plus grand nombre sont des journaux politiques. Si le bas Canada, le Canada anglais, est mieux fourni que le Canada français en écoles élémentaires, en revanche celui-ci lui est supérieur pour le haut enseignement. Une grande université est établie dans le Canada français qui jouit en outre de dix collèges, d'une centaine d'académies libres, de couvents enseignants et d'écoles de frères, sans compter quelque chose comme trois mille écoles du premier degré. Plus de cent mille élèves sont instruits dans ces différentes institutions ; aussi rien n'est-il plus rare qu'un Canadien ne sachant pas lire. Quand donc, sous
ce rapport, la France sera-t-elle aussi avancée que notre ancienne colonie ! Au reste, sous le rapport des institutions civiles et politiques, le Canada n'a rien à envier à aucun peuple. S'il est soumis en droit à l'Angleterre, en fait il s'appartient et se gouverne à sa guise, et le parlement anglais laisse au parlement colonial la plus grande liberté possible. La constitution canadienne est la môme que celle de l'Angleterre; mômes usages, mômes coutumes, mômes prérogatives, mômes liberlés pour le peuple et mômes pouvoirs. Il y a pourtant dans l'administration du haut et du bas Canada quelquesdifférences notables. Par exemple, dans le bas Canada, qui est resté français et français du temps de Louis XIV, la dîme en faveur du clergé catholique est encore en usage. Cette dîme, fixée en vertu d'une loi spéciale, n'est observée que par les c^itholiques. Elle est sans effet sur toutes les autres communions.
J'ai trouvé un document assez original dans un petit livre publié sur le Canada par M. Taché, et dont je me suis procuré un exemplaire à Québec. Ce document apprend qu'il y a cent huit apothicaires dans le haut Canada et qu'il ne s'en trouve que vingt-six dans le Canada français ; or je constate, pour cette dernière partie du Canada, une population de neuf cent mille âmes, population qui n'est guère inférieure à celle du haut Canada que d'environ cinquante mille habitants. Que faut-il conclure de ce rapprochement d'apothicaires? de deux choses Fune : ou qu'on jouit d'une meilleure santé dans le Canada français, ou qu'on s'y drogue moins. Maintenant s'y porte-t-on mieux parce qu'on s'y drogue moins, ou s'y drogue-l-on moins parce qu'on s'y porte mieux? That is the question. Ce même document me révèle que l'esprit du Normand ne s'est point modifié à l'étranger, et que la chicane est autant en honneur parmi les descendants de la rusée Normandie