‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 78 sur 188 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

!e comté de Saint-Jean, de Napierville, de Sainte- Hyacinthe, de BanviUe, d'Iberville, etc., etc.

A la rivière Richelieu succède la rivière Saint-Maurice dont le parcours a plus de trois cents milles et qui sert, comme dirait Pascal, de roule mouvante, au transport des bois de toutes sortes qu'on trouve en grande quantité dans les forêts avoisinantes.

Nous avan<5ons toujours et toujours des noms fran- -çais viennent attester l'importance autrefois si étrangement méconnue du Canada, et les efforts héroïques, de nos colons pour s"y maintenir. Aux comtés que nous avons cités il faut ajouter le comté de Lotbinière, celui de Mésantie, celui de Montmorency, celui de Sagnenay, celui de Tadaussac, celui de Beauce, celui de Bellechasse, celui de Montgomery et tant d'autres encore que nous passons sous silence pour abréger.

Il est un endroit vers le milieu du fleuve Saint- Laurent où nous apercevons une suite d'îles d'un aspect ravissant et qui rappelle les mille-îles. J'inscris sur mon carnet comme méritant une mention particulière les îles aux Cendres, les îles aux Oies, les îles aux Grues, l'île Madame, la Grosse-Ile et l'île d'Orléans-la-Belle longue de sept lieues.

Enfin nous découvrons Québec.

La capitale du Canada est admirablement placée au fond d'une rade pouvant abriter plusieurs milliers de navires du plus fort tonnage. Nous contemplons tout d'abord ses quais jetés à cinquante pieds dans l'eau et sa citadelle que le colonel nous dit être une des premières du monde. Québec, dont Champlain a posé les premières fondations, est construit partie à niveau de l'eau et partie sur le promontoire appelé cap Diamant. Rien ne manque à cette capitale pour séduire le regard et l'esprit du touriste. Entourée d'un côté par les eaux du fleuve, de l'autre côté par la jolie rivière Saint-

182 L'AMÉRIQUE TELLE QlfELLE EST.

Charles, la viile ressort comme une fantaisie de poêle au milieu des sites les plus pittoresques, les plus enchanteurs peut-être, de toute l'Amérique.

C'est à Québec que je goûtai pour la première fois du sucre d'érable qui me parut aussi doux que le sucre de canne, et relevé par un parfum naturel de vanille qui ne gâte aucun mélange et lui donne, au contraire, la préférence, dans tout le Canada, sur le sucre ordinaire. L'érable à sucre, qui sera peut-être un jour le plus riche produit de l'agriculture canadienne, était connu des Indiens avant la découverte du Canada par Jacques Cartier. Cet arbre doublement précieux par son bois plus dur que le chêne, et par la sève qui se coagule et durcit en pierre de sucre après avoir bouilli pendant quelques heures, figure ave^ le castor dans les armes nationales du Canada. Le jour de la Saint- Jean, qui est la grande fête populaire dans toute notre ancienne colonie, les habitants ont la coutume de garnir les boutonnières de leurs habits de feuilles d'érable à sucre.

Quant à la manière dont on fait la récolte du sucre dans les plantations d'érable, elle est des plus simples, des moins coûteuses^, et rappelle la vendange de la résine dans nos landes françaises. On fait à l'arbre^ à environ un demi-mètre du sol, une incision de quelques centimètres de circonférence, par où s'échappe en abondance le liquide que reçoit un récipient. Ce liquide est porté dans des chaudières suspendues sur un feu de bois très-vif. Dès que le jus de l'érable entre en ébullition, on le voit s'épaissir, et devenir jaune de blanc qu'il était d'abord. Quand on juge que le sirop a acquis le degré de cuisson nécessaire, on le distribue dans des formes de bois d'orme que les paysans préfèrent de beaucoup aux formes en poterie. C'est toute l'opération qui, on le voit, n'est ni difficile, ni

Page 1