‹ L'ameublement français au grand siècleChapitre 25 sur 44 · ENCRIER DE BOULLE · texte numérisé non relu

ENCRIER DE BOULLE

DoMEN'ico CucCT — Philippe Caffieei — Piep.re Golle — Les Migliorixi, Bp.anchi et liiACETTi— La Manufacture de Maincy— Les Gobelins — Le Brun— Le Paultre, Marot et Bérain— Charles-André Boulle— Ses ou\'RAGes— Autp.es ébénistes — Oppenord— Robert de Cotte.

AU commencement du xvii' siècle, l'art industriel français paraît en décadence. C'est à la Flandre et à l'Allemagne, d'abord, que l'on s'adresse pour les beaux meubles. Henri iv, pourtant, envoie des ouvriers français s'instruire aux Pays-Bas et Louis XIII l'imite. Des étrangers s'acclimatent, tels ce Pierre Boulle, ancêtre du fameux Charles-André Boulle, tourneur et menuisier du Roi, qui, logé au Louvre, touche 400 livres en 1636. Mais c'est Mazarin qui introduisit chez nous ces artistes d'outremonts, lesquels nous apportèrent les secrets de leur pays et furent le noyau de cette école française du mobilier qui devait dépasser infiniment ses modèles italiens.

L'un des principaux artistes appelés par Mazarin est Domenico Cucci, "ébéniste et fondeur," comme le nomment les Comptes. Originaire de Todi, naturalisé français en 1664, il mourut en 1704. Il travailla pour Versailles après avoir travaillé pour Mazarin, et là ses ouvrages furent innombrables. Il s'entendait à tout ; il a fait des cabinets d'ébène, des modèles de bronzes, jusqu'à des targettes et des verrous, car les artistes de ce temps ne croyaient pas déroger en s'appliquant aux besognes les plus humbles. Bien qu'il ne soit jamais arrivé à la célébrité de Boulle son émule, ses ouvrages ont été pourtant fort estimés, et le Roi lui confia des travaux considérables, comme les grands cabinets dont nous avons parlé au chapitre V et pour lesquels il touche tantôt 30,500 et tantôt près de 29,000 livres. En 1669, il fit la grande armoire destinée aux agates et aux cristaux de roche. De 1 674 à 1 679, il s'employa à la balustrade en bronze doré du grand escalier de

L'AMEUBLEMENT LOUIS XIV

Versailles, pour laquelle il ne reçut pas moins de 31,200 livres. Et ses œuvres secondaires, à St. Germain, au Louvre, aux Tuileries, sont en multitude.

Philippe Caffieri, Napolitain, fut également appelé en France par Mazarin vers 1660. Il était né en 1633, à ce qu'il semble, et mourut en 17 16. En 1665, il reçut ses lettres de naturalisation, sur lesquelles il est qualifié de sculpteur ordinaire des meubles de la Couronne. Il travaillait aux Gobelins sous la direction de Le Brun, dont il subit fortement l'influence. Il était sculpteur sur bois, mais il cisela aussi

le bronze. Il fit surtout des scabellons, des pieds de table, des guéridons, des bois de siège, destinés à être peints, argentés ou dorés ; mais il exécuta aussi une quantité de lambris et de portes, et il travailla même à la flottille du grand Canal ; ce fut, en son genre, un sculpteur merveilleux, et ses œuvres furent nombreuses à Versailles, où beaucoup se voient encore. Il collaborait avec les autres sculpteurs, ses | confrères, comme Tuby ou Lespagnandel, et avec, les doreurs les plus réputés, comme La Baronnière ou Paul Gougeon.

Pierre Golle, Hollandais, fut également appelé en France par Mazarin. Il était protestant, et il eut, comme Cafiieri, des fils qui travaillèrent de son métier après lui. Il mourut en 1684. C'était un très habile ébéniste : nous avons eu l'occasion de citer de riches cabinets composés par lui sous Louis xiv.

Enfin Mazarin introduisit chez nous quelques artistes habiles à ces travaux de pierre dure pour les dallages et l'ornementation des tables et des meubles que le cardinal goûtait si fort. Tels furent les mosaïstes toscans : Ferdinand et Horace Migliorini, et les lapidaires Branchi et Luigi Giacetti.

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