DESSUS DE PORTE. TRIBUNE DE LA CHAPELLE, PALAIS DE VERSAILLES
ii6 BIBLIOTHEQUE DE L'ART DECORATIF
Tous ces excellents artistes formèrent plus tard le noyau de la colonie des Gobelins, avec ceux que Fouquet avait réunis à son tour pour l'aménagement et l'ameublement de son château de Vaux. Car, Mécène intelligent, le surintendant avait su joindre à un architecte comme Louis Le Vau, des sculpteurs comme Michel Anguier, Puget, Le Paultre, des peintres comme Le Brun et Poussin ; même il avait fondé à Maincy une manufacture de tapisseries dirigée par Louis Blasnard.
Lorsque Louis xiv eût acheté dans le quartier St. Marceau l'hôtel des frères Gobelin, teinturiers en écarlate, il y réunit à tous ces artistes-là, plusieurs de ceux qui avaient été logés jusqu'alors dans les galeries du Louvre et enfin diverses fabriques parisiennes et les ateliers de Maincy. Fondée en 1663, la Manufacture royale fut définitivement établie par lettres patentes en 1667. On y vit des peintres comme Van der Meulen, Monnoyer, Yvart, attaché précédemment à Maincy ; des sculpteurs comme Anguier, Coysevox et Caffieri ; des graveurs comme Le Clerc et Audran ; des ébénistes comme Cucci et Pierre Poitou ; des orfèvres comme Alexis Loir et Claude de Villiers ; des mosaïstes comme les Migliorini, Giacetti et Branchi ; des tapissiers comme Jans et son fils ; tout cela dirigé par Charles Le Brun et en subissant directement l'influence : ainsi se créa le style Louis xiv.
Charles Le Brun, fils du sculpteur Nicolas Le Brun, naquit à Paris le 24 février 161 9. Protégé par Séguier, dès 1638 il obtenait le titre de peintre du Roi. Reçu maître dans sa corporation en 1642, il suit Poussin en Italie où il demeure trois années. Revenu en France en 1645 ^^ toujours protégé par Séguier, il est en 1646 valet de chambre du Roi, et en 1647 il épouse la fille d'un peintre, Suzanne Butay. Vers cette époque, il joua un rôle important dans les querelles des peintres du Roi avec la corporation, et il fut pour beaucoup dans la fondation de l'Académie de peinture en 1654. En 1658, il est installé à Vaux: là tout en travaillant beaucoup de son pinceau, il achève de se perfectionner à la manufacture de Maincy dans toutes les parties de l'art industriel. Sa célébrité, et peut-être aussi une certaine adresse naturelle lui valurent de n'être pas englobé dans la disgrâce du surintendant, et en 1662, il reçut le titre de premier peintre du Roi.
C'est alors qu'il fut placé à la tête de la Manufacture des Gobelins, et c'est là qu'il donna toute la mesure de son talent. Car plutôt qu'un grand peintre. Le Brun fut, si l'on peut dire, un
grand metteur en scène. Administrateur excellent, connaissant toutes les branches de l'art, son influence fut considérable sur ses collaborateurs. II était d'une fécondité inouïe. On a compté que, de 1663 à 1690,11 fournit les cartons de dix-neuf tentures de basselice, faisant 8400 aunes de tapisserie ; cela sans cesser de diriger la décoration de Versailles et de bien d'autres palais encore, de dessiner des projets d'architecture, des modèles d'orfèvrerie, ceux des fontaines de Versailles, de collaborer avec les sculpteurs <^ et de fournir jusqu'à des dessins de détails pour les meubles.
Le goût de Le Brun a influencé toute la décoration de son époque. Pourtant, il faut associer au nom du premier peintre du Roi ceux d'autres artistes qui ont fourni un nombre considérable de modèles aux ouvriers du temps. Tels sont les deux Le Paultre, Jean (mort en 1682) et Antoine (1621-1691) : nés d'une famille d'artisans, ils connaissaient pratiquement les métiers et leurs modèles étaient toujours exécutables.
Jean Marot (1619-1679), et surtout son fils Daniel (1650 — vers 171 2), qui passa en Hollande lors de la Révocation de l'édit de Nantes, ont gravé également un nombre immense de modèles de toutes sortes et de tous genres, aussi bien pour des consoles que pour des candélabres, et pour des guéridons que pour des arcs de triomphe.
Jean Bérain (vers 1630-1711) et son frère Claude (mort vers 1726) ont publié eux aussi des modèles en quantité. Jean Bérain a dessiné un très grand nombre de meubles pour Boulle, et c'est son style à lui qui caractérise essentiellement ce que l'on a coutume d'appeler le style Louis xiv.
Tous les artistes logés aux galeries du Louvre n'avaient pas