CHATEAU DE
Lict dont la riche couverture
Résiste contre la froidure,
Et musse les corporels membres.
O lict, le parement des chambres,
Lict d'honneur plein de toute joye,
Beau lict encourtiné de soye,
Pour musser la clarté qui nuict. . . .
Ces rideaux et courtines, malgré toute la splendeur des bois et des dorures, constituaient le grand luxe du mobilier au xvie siècle. On en jugera par le seul inventaire du palais de Nancy dressé en 1 544 :
" Un bois doré servant au ciel de drap d'or et de velours violet. . . . Un autre servant au ciel de satin cramoisi, chargé de drapeaux de triomphe. . . . Un autre servant au ciel de drap d'or et de satin blanc, couvert de palmes de toile d'or noir. . . . Un autre servant au ciel à ondes de damas d'or et de toile d'argent." . . . Quant aux courtines, elles sont de même étoffe, ou bien de velours noir semé d'épis d'or, de velours violet frangé d'argent, de velours noir chargé d'entaillures de satin broché noir, ou bien encore bigarrées de velours noir, de velours jaune et de satin cramoisi, ou bien encore de satin jaune semé de lys de toile d'argent.
Corrozet poursuit :
Lict qui attends la trouble nuict,
Afin qu'on se repose et couche,
Lict soutenu en une couche
Ouvré-e de menuiserie,
D'images et marqueterie,
Lict très gentil tant qu'il peut estre,
Lict beneist de la main du prestre. . . .
Le poète rappelle ici l'usage très répandu dans l'ancienne France de faire bénir par le prestre et asperger d'eau bénite le lit nuptial le soir même des noces :
Lict d'amour sainct, licl honorable, Lict somnolent, lict vénérable, Gardez vostre pudicité Afin que vostre honneur pullule. . . .
Le meuble, que notre auteur chante avec tant de lyrisme, n'en est pas moins, de tous les meubles de l'ancien temps, celui que les siècles ont le moins épargné, on veut dire que les spécimens qui en sont parvenus jusqu'à nous sont extrêmement rares. On ne connaît pas de lit datant du Moyen-Age. Les lits
LES LITS
de la Renaissance se composaient généralement de quatre pièces se coupant en rectangle, en donnant naissance à ces quatre angles à des piliers ou pieds-droits supportant quelquefois un "ciel," d'autres fois se terminant par un motif décoratif quelconque. Le dossier, plus ou moins ornementé, peut être surmonté par un fronton sculpté ou décoré de marqueterie. C'est le cas du lit de Catherine de Médicis qui est reproduit ici (p. 49).
En entrant dans la seconde période de la Renaissance, on voit les montants des lits prendre plus d'importance : ce sont de vraies colonnes d'architecture et, quelquefois, des statues sculptées, des atlantes ou des cariatides en gaines, voire des figures en pied.
COUCHETTE (DATE 1583). COLLECTION CHABRIÈRE-ARLÈS.
Nous reproduisons ici une couchette provenant de la collection Chabrière-Arlès. Le meuble est exactement daté de 1583, et orné des armes de la famille Beranger de Sassenage. Avant d'être entré dans la collection Chabrière-Arlès, il se trouvait au château de Treminis près Grenoble. Les quenouilles des quatre angles ont été tronquées et couronnées à une époque récente des vases dont elles sont actuellement décorées.
Un bel exemple d'un lit Renaissance est celui qui est conservé à Paris au Musée Cluny. Des figures à l'antique soutiennent l'entablement de bois. Peut-être y critiquerait-on une ornementation d'une richesse excessive, trop de mascarons, de feuillages, de griffes et de muffles de lion. Le style en rappelle à la fois les
motifs dessinés par du Cerceau et les productions un peu trop lourdes et somptueuses de l'école de Bourgogne. Les ducs de Lorraine possédaient un " lit de perles," ainsi désigné d'après la broderie de ses tentures, qui étaient soutenues par des colonnes d'argent. Une description détaillée en est donnée dans l'inventaire d'un de leurs châteaux :
" Quatre grandes colonnes d'argent doré avec les piédestal et chapiteaux faits en estocz à bandes, semées d'alérions (oiseaux de forme décorative) et de doubles C couronnez, et quatre admortissements faicts d'un serpent en manière de sphères avec un alérion d'argent au dessus servants au lit de perles."
Au pied du lit étaient souvent placés des marche-pieds pour en faciliter l'accès, marchepieds qui constituaient parfois de véritables coffres. Ils disparaissent au xvne siècle.
Parmi les dessins de du Cerceau on trouve plusieurs lits en forme de nefs. Ont-ils jamais été exécutés ! En son intéressant ouvrage sur le meuble en France au xvie siècle, M. Edmond Bonnaffé signale un lit ayant la forme de ceux qu'a dessinés du Cerceau. La propriétaire de ce meuble, Mme Legrand, le vendit il y a une cinquantaine d'années et l'on on ne sait ce qu'il est devenu depuis lors.
DÉJÀ nous avons dit qu'au Moyen-Age les coffres étaient à peu près les seuls meubles qui ornassent la Salle des demeures seigneuriales ou bourgeoises. Au reste un détail suffira à indiquer l'importance qu'ils avaient prise dans l'ameublement de l'ancien temps : On les appelait aussi des " huches," et tous les menuisiers qui fabriquaient des meubles étaient nommés, du seul nom du coffre, des "huchiers." Les armoires étaient inconnues. Les tables se dressaient sur tréteaux au moment du repas ; les sièges étaient des pliants que l'on apportait quand il en était besoin. Les coffres, ainsi placés dans les chambres de nos ancêtres, y servaient donc tout à la fois de garderobes, de buffets, de commodes, de tables, et enfin aussi de malles, quandon se déplaçait d'une résidence à l'autre. Ces déplacements étaient très fréquents, et la commodité du coffre en pareille circonstance faisait une grande partie, sans aucun doute, de la faveur dont il jouissait.
Nous venons de dire que le coffre servait de siège, d'où l'expression ancienne et aujourd'hui hors d'usage : " Piquer le coffre," pour désigner une longue attente dans l'antichambre de quelque personnage.
Parmi les meubles de ce genre, les plus beaux étaient les coffres de mariage, que la jeune épousée faisait transporter à sa suite dans la maison de son mari, après que ses parents y avaient enfermé sa dot et son trousseau. D'où l'expression, venue jusqu'à nous ; " Epouser, non la femme, mais le coffre." On disait aussi : " Elle est belle au coffre," pour désigner une fille laide mais pourvue d'une jolie dot.
On imagine avec quel soin, de ce précieux meuble, Gilles Corrozet a tracé le " blason " :