LE BLASON DU DRESSOIR
Drcssouer bien faict, drcssoucr tri>s gcnt, Drcssoucr plaisant a toute gent, Dressouer ofl l'ouvrier bien propice N'a failli en son artifice ;
Dressouer de cyprès odorant En la salle bien apparent ; Dressouer reluysant et uny, De toutes beaultez bien garny, Soustenu de pilliers tournez, De fueilles, de fleurs bien ornez ; Dressouer duquel la forme basse lin clarté le beau miroir passe, Pour ce qu'on le tient nectement, Dressouer fermé bien seurement, De deux guichetz de bonne taille Ayant chascun une médaille ; . . .
— Le mot " guichet " représente ici les vantaux du meuble —
Dressouer où sont les bonnes choses, Seurement fermées et encloses :
Certes tu es le tabernacle, Le lieu secret et habitacle, Où sont les beaulx joyaulx et bagues Des dames, qui sont grosses bragues Comme chaines, boutons, anneaulx, Patenostres à gros signeaulx, Estuiz et coffrets curieux, Remplis de trésors précieux, Monnoiez et à monnoier :
Dieu m'en veuille autant envoyer, Afin qu'en tout soûlas et joye Ung tel dressoir possède et j'aye.
Victor Gay, en son Glossaire archéologique, signale deux sortes de dressoirs, plus différents, dit-il, par la forme que par l'usage. " Les premiers se composent d'un assemblage de tablettes disposées en gradins, posées sur une table et destinées, après avoir été couvertes d'une parure de lingerie, à asseoir les pièces de montre et une partie de la vaisselle de service." Aliénor de Poitiers en signale à la Cour de Bourgogne. On les nommait des " dressoirs à degrés." Ce sont les meubles dont parle le lexicographe Nicot (1606). A l'en croire ce seraient même les seuls qui mériteraient ce nom : " Dressoir est un buffet sans armoire ni tiroir, écrit-il, mais à tablettes simples, à dresser, asseoir et établir sur iceluy la vaisselle d'argent et autre appareil pour le service du dîner ou souper d'un grand seigneur. ... Il est différent du buffet, en ce que le dressoir n'est jamais à armoire, ni tiroir." Mais cette définition, trop étroite, est en contradiction avec les textes les plus précis du temps, notamment avec les inventaires où l'on trouve signalés fréquemment des " dressoirs à guichets " et des " dressoirs fermant à clef." Ces derniers sont donc de vrais coffres montés sur pieds. Ils se composaient essentiellement de deux étages, le
premier vide, le second plein et fermé par des vantaux. Le Musée Cluny à Paris conserve plusieurs dressoirs remarquables de l'époque de la Renaissance : celui qui est reproduit page 72 offre ce mélange, dont il a été beaucoup question ci-dessus, d'ornementation gothique et d'ornementation Renaissance. On l'attribue au règne de Louis xn. L'élégance et la finesse en ont été souvent signalées. Le fond de l'image représente la célèbre tapisserie du même Musée Cluny connue sous le nom de "tapisserie à la licorne." Au reste il ne faudrait pas croire que les dressoirs aient toujours été de proportions modestes comme celui qui est représenté sur notre image. Un chroniqueur Bourguignon décrit l'un de ceux qui ont servi lors des noces du duc de Bourgogne Philippe-le-Bon avec Isabelle de Portugal. Ce meuble somptueux avait vingt pieds de long ; on l'avait monté sur une estrade qui mesurait deux pieds de haut ; pour y parvenir on franchissait une barrière de trois pieds de haut, percée sur le côté d'une petite porte par laquelle on avait accès. Les planches supérieures de ce dressoir, au nombre de trois, étaient chargées de vaiselle d'or fin, et les deux planches inférieures de vaisselle d'argent.
C'est également au Musée Cluny qu'est conservée la crédence reproduite à la page 90 et qui n'est qu'un dressoir à six pans, soutenu par six colonnettes. Il date du règne de François Ier bien que, à première vue, ces têtes sculptées, qui se détachent en ronde bosse sur chacun des panneaux, fassent penser au style, dont c'est ici une des caractéristiques, du règne de Louis xn.
L'un des plus beaux dressoirs que la Renaissance nous ait légué est l'admirable meuble, sur plan trilobé, conservé au Musée de Bourg (Ain). Il est soutenu par quatre cariatides en gaine, orné sur ses panneaux d'entrelacs, d'arabesques et de feuillages champlevés. Le style des cariatides pourrait faire penser à l'école de Bourgogne ; mais l'ensemble du meuble est trop simple d'inspira-