LE BLASON DE LA TABLE
Table claire, table luysante, Table a la chambre bien
duysante, Table tous les jours bien
frottée, Table sur deux tresteaux
portée. . . .
"Incontinent les tables et les tréteaux furent apportez et dressez quasi sans qu'on s'en apreçût," lisons-nous dans le P'jlyphile jrancois.
TABLE. DESSIN D ANDROfET DU < I Ile I M.
Table qui causes le désir
De prendre savoureux plaisir
A chascune viande exquise . . .
Table d'une nappe parée,
Garnye de mets précieux
Et de bons vins délicieux ;
Table rempli-e de caquet ;
Table oh se faict le grand banquet
A jour de feste ou jour de nopces ;
Table ou l'on parle négoces,
Puis de la paix, puis de la guerre,
Puis de France, puis d'Angleterre,
Puis de vertu, puis de folye ;
Table comme un miroir polye ; . . .
O table honneste et très notable,
Table de bois, o belle table !
Je pri-e Dieu qu'il te munisse,
Tant bien t'appreste et te garnisse,
Q u'à tout jamais, par tout moyen,
On ait son pain cotidien.
La table à rallonges, qui paraît être venue d'Angleterre, fut fabriquée à partir de la seconde moitié du xvie siècle. On la trouve également mentionnée dans les inventaires du temps : " Une table carrée, tirant par les deux bouts, garnye de son pied à pilliers tournez, plate-forme et un marche-pied (traverse) (Marché de "Jacques Renaud de Paris, 1566). "Une table qui se tire, à termes, l'enchassure enrichie de taille (sculpture) et les termes, les goussets et les pattes aussi taillés " {Marché de Jehan Renou/ de Paris, 1577) ; "Une table de salle, qui se tire, de quatre pieds de long sur deux pieds cinq pouces de large, de deux pieds sept pouces de haut, et, au milieu, une grande ovale de jaspe enrichie de marqueterie à fleurs ; les bords garnis de deux filets de brézil (essence de bois de couleur rouge et qui a donné son nom au pays même du Brézil, dans l'Amérique méridionale, ou cette espèce d'arbres croît en abondance), dans lesquels il y aura huit tables de jaspes ornées de marqueterie, ladite table posée sur six colonnes cannelées de brézil, le châssis dessous ladicte table enrichy de marqueterie " (Marché de Symon Hardouin, maître menuisier de Paris, 1579). Ces derniers textes ont été publiés par Edmond BonnafFé.
Quelques-unes de ces tables à rallonges, de l'époque de la Renaissance, sont parvenues jusqu'à nous. Le mécanisme en était à la fois si simple et si bien établi, que, de notre temps encore, après des siècles, il fonctionne comme au premier jour. Ces rallonges étaient formées par deux plateaux superposés. Le plateau inférieur était divisé par le milieu en deux parties égales qu'on séparait
l'une de l'autre en les faisant glisser sur les coulisses à bascule dont elles étaient munies ; et quand elles étaient tirées jusqu'à ce que les extrémités en vinssent s'ajuster au bord correspondant du plateau supérieur, celui-ci tombait pour venir se placer à niveau égal. Dans les documents du temps on les appelle des " tables qui se redoublent."
Les tables de la Renaissance sont généralement plus hautes que celles d'aujourd'hui. Elles mesurent de 80 à 88 centimètres depuis le sol jusqu'au bord supérieur du plateau. Et la cause en est que les sièges eux-mêmes étaient sensiblement plus élevés que les sièges modernes.
On trouve également aujourd'hui dans les collections quelques
tables du xvie siècle dont les pieds sont réunis par des traverses en forme de croix de Saint André.
La variété des tables paraît d'ailleurs avoir été sous la Renaissance presqu'aussi grande que de nos jours, soit par leurs formes, soit par leur destination : voici des tables pour écrire et des tables de jeu ; dans tel inventaire il s'agit d'une table destinée à servir de bureau, dans tel autre d'une tablecomptoir, "en forme de banc." Celles-ci sont rondes, celles-là ovales, d'autres sont carrées et d'autres sont oblongues ; le nombre des pieds en varie et la matière dont elles ont été fabriquées. Dans l'inventaire de Simon Drouet (1545), on trouve " une petite table garnie de son pied, en façon de chaise" ; dans le catalogue de la vente Gouffier (1572) " une table de bois de noyer à marqueterie, dessus d'un passement (entrelacs) de bois de brézyl, assise sur un tréteau à piliers annelés à marqueterie."
Sans parler des collections particulières, les Musées de Compiègne, de Dijon, de Besançon et, à Paris, les Musées du Louvre et de Cluny possèdent des tables du xvic siècle qui peuvent donner l'idée la meilleure et la plus exacte de l'art du temps.
La table du Musée de Compiègne mérite peut-être une mention spéciale. Elle a été fabriquée dans l'Ile de France.