‹ L'ameublement français sous la renaissanceChapitre 19 sur 36 · BAHUT LOUIS XIII · texte numérisé non relu

BAHUT LOUIS XIII

tion des formes adoptées dans l'Ile de France, que la Bourgogne a fréquemment copiées. Le meuble date du règne de Charles ix. Les deux parties de l'armoire sont chacune encastrées de pilastres cannelés, les panneaux du bas sont ornés de mascarons de femmes qu'entourent des arcades d'architecture et rehaussés de cuir découpé ; les panneaux du haut sont décorés de fines figures de femmes en çaine, dont les bras se terminent par des rinceaux enguirlandant des tètes de béliers. Autant au point de vue de la délicatesse du dessin, qu'au point de vue de l'exécution, cette jolie armoire peut être considérée comme l'un des chefs-d'œuvre produits par la "hucherie" de l'époque.

La seconde partie du xvie siècle vit diminuer le nombre des dressoirs dont les formes continuèrent de répéter celles de l'époque précédente ; ils sont progressivement remplacés par ce qu'on appelait alors des "cabinets à l'antique." Dans les "cabinets à l'antique," plus encore que dans tout autre meuble, les huchiers et les ébénistes imitent le style des grands architectes du temps, des Pierre Lescot, des Jean Bullant, des Philibert de l'Orme. Les pilastres surchargés d'arabesques à l'italienne sont remplacés par des colonnettes unies, plus souvent par des colonnettes cannelées, sur lesquelles est posé un fronton décoré à l'antique. Les panneaux s'ornent de fines figures d'un faible relief où se retrouvent les formes graciles et allongées des corps de femmes données à l'art par Jean Goujon et par Germain Pilon. Ce nom de "cabinet à l'antique" venait précisément de l'imitation, que l'on essayait de rendre aussi fidèle et aussi scrupuleuse que possible, des ornements et des lignes laissés par l'art gréco-romain.

L'USAGE des tables du Moyen-Age, qui ne se composaient que de tréteaux sur lesquels on plaçait une planche et que l'on dressait au moment du repas, pour les enlever après le dessert, ne disparut pas entièrement à l'époque de la Renaissance. Nous ne laissons pas d'en retrouver tout au long du xvie siècle : on les appelait " tables de camp." Des tables de camp sont mentionnées dans l'inventaire du mobilier de Catherine de Médicis (1589) : "Une table de camp, pozée sur un pied brizé (se repliant) ; une table de camp brizée, couverte de lames d'argent." On les perfectionne en les garnissant de charnières : " Deux tables garnies de treteaulx, l'une fermant à trois charnières de leton " {Inventaire des meubles de la duchesse de Valentinois, 15 14). On les appelait alors " tables ployantes." Mais les tables à supports fixes deviennent de plus en plus nombreuses, à mesure que le mobilier est fait pour garnir les demeures, plutôt que pour être incessamment déménagé, comme au Moyen-Age.

Les premières tables de la Renaissance sont fort simples. Elles reposent généralement sur quatre pieds, réunis dans le bas, deux à deux, par des patins, lesquels patins sont eux-mêmes reliés par une entretoise ou traverse. Mais le besoin d' " enrichissement " ne tarde pas à compliquer cette architecture primitive. L'espace compris entre l'entretoise et le plateau de la table, sera lui-même orné de colonnes. De cette disposition le dessin de la page 64 donne un exact aperçu. Puis les tréteaux sont formés de balustres ; les patins s'ornent de sculptures. Comme les autres parties du mobilier, ces tables sont généralement peintes. Modèle qui s'enrichit encore. Pour soutenir le plateau, voici une ceinture

TABLE EN NOYER. FIN DU XVIe SIECLE.

décorée de godrons, d'entrelacs, de feuilles d'acanthe, d'oves et de méandres. Les supports deviennent des cariatides.

Aux pieds ou tréteaux qui, aux quatre angles de la table, en soutiennent le plateau, est fréquemment substitué un ensemble de décorations en forme d'éventail qui peut recevoir, des mains des Bourguignons notamment, une grande richesse d'ornementations. Le dessin de du Cerceau, que nous reproduisons ci-dessous, donnera une idée de cette disposition. On peut dire au reste que les tables de cette époque ont dû beaucoup à l'invention du célèbre dessinateur Parisien, dont les planches se répandaient pour être imitées, non seulement dans l'Ile de France, mais en Bourgogne et dans la France méridionale. Ce sont des chimères, des satyres, des griffons adossés qui supportent le plateau et donnent au meuble un aspect somptueux et monumental.

La table n'a pas été oubliée, comme bien on pense, par Corrozet en la série de ses blasons.

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