LE BLASON DU PLACET
Placet, compaignon de la selle (tabouret de pied),
Ton loz (louange) ne fault pas que je celle,
Car tu es du carreau parent ;
Placet en la chambre apparent,
Tout couvert de tapisserie,
Où féminine seigneurie
Se met en plaisir et en lyesse ;
Placet où la cuisse et la fesse
Se reposent bien mollement ;
Placet assis esguallement
Sur quatre pilliers bien gentilz,
Non pas trop grands, ni trop petits,
Où se tient le plaisant caquet
De Gaultier, de Jehan et Jaquet ;
Je te suppli-e que m'amye
Ung jour sur toy trouve endormie
Pour mon mal d'amour apaiser.
Forme de sièges dont les artisans de la Renaissance fabriquèrent encore une amusante diversité : placets, escabeaux, " bassets," tabourets, chaises-basses, selles et sellettes, et les noms pour les désigner, comme on voit, ne manquaient pas non plus. On les disposait dans la Salle en les mêlant aux sièges plus élevés. Ainsi que le fait remarquer Viollet-le-Duc en son Dictionnaire du mobilier, ces sièges, par la différence même de leur hauteur, " contribuaient à donner à la conversation un tour facile, imprévu, piquant, car rien n'est moins pittoresque, dit l'illustre archéologue, qu'une réunion de personnes, hommes et femmes, assis sur des sièges de formes et de hauteur pareilles : il semble que la conversation prend quelque chose de l'uniformité des postures et l'esprit y perd de sa liberté."
Le placet était généralement rembourré, couvert de cuir ou de tapisserie.
De moindre hauteur encore que le placet, était le carreau, qui ne consistait en réalité qu'en un coussin encadré d'un châssis de bois sans pied; siège bas et commode affectionné des dames qui y trouvaient facilité à des poses gracieuses et à ces grands étalages de toilettes où elles paraissaient comme le cœur d'une fleur au milieu de pétales chiffonnés.
On a défini l'escabeau "un banc à une seule place." Les huchiers de la Renaissance en ont laissé un certain nombre, sculptés avec élégance et avec goût.
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La " selle " enfin était ce que nous appelons le tabouret de pied. Nos ancêtres en faisaient grand usage, pour deux raisons : leurs sièges, comme il a été dit, étaient généralement plus élevés que les nôtres, et les salles où ils vivaient étaient dallées en carreaux ou en pierres plates, plus froids aux pieds que nos planchers de bois. On a dit, à propos des sièges du xvie siècle, leur raideur, leurs lignes architecturales, l'absence de rembourrage dont nous nous accommoderions fort mal aujourd'hui. Ils ne semblaient pas faits pour des dames délicates ou pour des personnes désireuses de procurer à leurs membres fatigués quelque délassement ou quelque repos. C'est pour obvier à cet inconvénient que l'on multiplia au xvie siècle les coussins de toutes sortes, de toutes formes, de toutes étoffes, de toutes couleurs. Les uns sont ronds, les autres carrés, ceux-ci oblongs, ceux-là ovales. Il en est qui font penser à des oreillers souples et mous, d'autres à des traversins, d'autres, qui sont faits pour être mis à plat sur le siège, sont comme de petits matelas. La plupart d'entre eux sont rembourrés avec des plumes ; quelques-uns avec du crin ou du chanvre. Dans le seul inventaire du mobilier de Catherine de Médicis, on compte plus de quatre cents coussins de tous genres. Il est vrai, au témoignage escabeau, ou sellette. de Brantôme, que, en présence de la
reine, les femmes ne pouvaient s'asseoir que par terre sur des coussins et des carreaux. Aussi bien, pour les désigner, la langue du temps était-elle plus riche que la nôtre : c'était les " coussins," les " quarrels " ou " carreaux," les " coustes," les " carrés," les " banquiers " (on appelait banquier, la couverture, ou mieux, la housse d'un banc, bientôt, par extension, le banc lui-même), les formiers (exactement même remarque que pour le mot précédent), les "oreillers," que sais-je encore? A les confectionner était occupée une corporation tout entière, celle des " coustiers," sans parler des coussins que les dames aimaient à faire ou à faire faire chez elles. En quelques provinces, les coustiers étaient appelés "coytiers," du mot "couette" qui était donné aux oreillers.
Ces carreaux ou coussins étaient quelquefois objets de grand luxe : " Deux carreaux de satin vyolet, là où il y a des compas faits à l'aiguille ; et, à l'entour, des entrelacs de drap d'or et de velours
LES SIÈGES
vert, et sont doublés de tripe de velours noir," lisons-nous dans l'inventaire de la duchesse de Lorraine (1532) ; et dans celui du château de Nancy (1606) : "Un carreau de satin cramoisi, sur lequel est une poule avec ses poulets, faits de point croisé d'or et d'argent et de soye de nuance."
A la fin du xvie siècle, quand les sièges rembourrés font leur apparition et se multiplient, on voit disparaître les coussins mobiles et, à leur suite, en 1620, la corporation des coustiers absorbée par celle des tapissiers qui avaient progressivement envahi tout son domaine.