LIT DE REPOS EN BOIS SCULPTE. MUSEE DES ARTS DÉCORATIFS, PARIS
M. de la Popelinière : Une petite commode à pieds de biche en bois satiné, forme de bas d’armoire, avec son marbre de brèche d’Alep M. de Jullienne : Une table à écrire plaquée de différents bois, avec tiroirs et écritoire argentée Une petite table à dessus qui se lève, plaquée à fleurs et instruments, avec tiroirs et écritoire argentée ......
Une autre de même espèce, plaquée différemment, avec écritoire . . . . .
Arrêtons là nos citations. Au delà d’un semestre, une telle lecture deviendrait un supplice. D’ailleurs Lazare Duvaux, ce précurseur des Chauchard et des Boucicaut, ne fabriquait pas
BIBLIOTHÈQUE DE L’ART DECORATIF
lui-même. Il adressait ses commandes aux maîtres de chaque métier. Pour son rayon de meubles, c’était la corporation des menuisiers et des ébénistes qui lui fournissait secrétaires, commodes, bureaux de travail, garde-robes, bibliothèques, encoignures, tables à écran et à stores, tables à l’anglaise, tables à la Bourgogne, tables ambulantes, tables en pupitres et cent autres sortes.
La fabrication du meuble était alors réservée aux menuisiers ou plutôt aux huchers-menuisiers, dont la corporation, vieille de quatre siècles, était réglée par des statuts datant du mois d’août 1645. Le terme d’ébéniste ne paraît qu’en 1743 et l’on donnait encore le titre de “ sçavans menuisiers ” à des artistes comme André Boulle et Jean Macé, logés au Louvre par le roi.
La communauté était administrée par six jurés et un principal, élus pour un an, trois jours après la fête patronale de sainte Anne, qui se célébrait le 26 juillet, aux Billettes, dans une chapelle appartenant de temps immémorial à la corporation. Les jurés étaient tenus de faire au moins quatre visites par an dans chaque atelier. Un maître ne pouvait avoir plus d’un apprenti à la fois et l’apprentissage durait six ans. Avant d’être admis à la maîtrise, les compagnons devaient “ faire connaître leur expérience aux jurés, et faire de leurs mains propres, en la maison de l’un d’eux, le chef-d’œuvre qu’ils lui prescriront, tant en assemblage que de taille, de mode antique, moderne ou française, garni d’assemblage, liaison et moulure.”
C’est en 1743 que les statuts des menuisiers, dans une nouvelle rédaction qui ne diffère guère de la première, accordent un état-civil aux ébénistes: “Les maîtres menuisiers, dit l’article i, ayant de tout temps fait des ouvrages connus et distingués aujourd’hui sous le nom d’ébénisterie, marqueterie et placage, et partie de ces maîtres s’étant depuis plusieurs années uniquement attachés à cette sorte de menuiserie, en ont pris le titre de menuisiers-ébénistes ou simplement ébénistes, sans cependant faire un corps de communauté séparé ... en sorte que chacun d’eux est libre d’embrasser toutes les parties de ladite profession, ou de s’attacher uniquement à l’une d’elle . . .” Les ébénistes parisiens ne formaient donc pas un groupe spécial. Ils étaient
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astreints aux mêmes obligations que leurs confrères en menuiserie proprement dite : apprentissage de six ans, compagnonnage de trois ans, et présentation d’un chef-d’œuvre. Seulement comme leur travail différait du leur, ils aimaient qu’on lés traitât de “ menuisiers de placage ou de marqueterie.” Ce mot, emprunté au Dictionnaire portatif des Arts et métiers (1766), résume leur ambition à la fin du règne de Louis xv. En 1776 lorsque Turgot les réunira aux tourneurs en bois et aux layetiers, ils seront tout près de 900. Une ordonnance de 1751, les obligeait à avoir une marque particulière qu’ils apposaient sur les meubles sortis de leur atelier. C’était généralement un fer portant leur nom qu’ils frappaient dans le bois à un endroit déterminé, par exemple sous la tablette de marbre pour les commodes. Les empreintes de ces estampilles devaient être déposées au bureau de la communauté, sur une plaque de plomb, et les maîtres ne pouvaient vendre aucun ouvrage sans marque, à peine de confiscation et de 20 livres d’amende.
A côté d’eux, les fondeurs et les doreurs (les marqueteurs ne formaient pas de communauté, mais ils avaient une confrérie spéciale sous le patronnage de Saint-Hildebert, à l’église Sainte- Croix, à la Cité) contribuaient à la confection du mobilier, fréquemment en lutte, par suite des points communs de leurs professions, d’accord cependant dans les procès qu’ils intentaient aux ébénistes, très portés à empiéter sur leurs privilèges. Nous verrons bientôt Cressent, le plus habile modeleur de son temps condamné deux fois à leur requête pour avoir fait fondre et ciseler dans son atelier les bronzes dont il décorait ses commodes.
DÉTAtL DE LAMBRIS EN BOIS SCULPTÉ. MUSÉE ROYAL d’ÉCOSSE.
Les grands ébénistes— Les fils de Boulle, singes de leur père— Charles Cressent— Ses travaux de sculpture— Son amour des bronzes— Commodes à la Régence-
Bureaux ET MÉDAILLIERS
De tous ces virtuoses du bois ou du métal : menuisiers, ébénistes, fondeurs, doreurs (ajoutons-y les vernisseurs), nous connaissons surtout des noms, des adresses et des dates. Bien rares sont ceux dont nous pouvons citer des œuvres précises, relater des détails biographiques, grouper des témoignages autorisés nous permettant dejieur donner la place qu’ils méritent dans les annales des arts industriels. C’est une histoire à peine ébauchée, pleine de lacunes et d’incertitudes, mais dont nous allons essayer cependant de détacher quelques figures de premier plan pour donner une idée de ce qu’étaient ces maîtres inimitables, qui, sans prétendre faire du grand art, mettaient cependant au monde des créations si belles et si originales que la technique moderne la plus éprouvée non seulement n’a pas fait mieux, mais n’a pas toujours su rester à leur niveau élevé.
A la Régence, André Boulle n’est pas mort. Le vieux faiseur de meubles représente toujours la tradition, et même après l’incendie de son atelier, en 1720, il continue ses travaux de marqueterie et d’incrustation, comme s’il voulait relier le présent au passé, le goût nouveau et frivole du xviii® siècle au classicisme d’antan. Bien plus, après sa mort, en février 1732, sa manière persiste, et ses quatre fils — ceux que Mariette appelle dédaigneusement les singes de leur père — travaillent dans le même style, si bien que tel meuble Boulle, que l’on serait tenté de faire remonter
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aux beaux jours de Louis xiv, peut parfaitement n’avoir été fabriqué qu’en 1740.
On est mal renseigné sur cette descendance du grand homme. On sait qu’ils sont quatre frères, tous qualifiés ébénistes du roi, et nés pendant la période comprise entre 1678 et 1689. nomment Jean-Philippe, Pierre-
Benoit, André-Charles, Charles-Joseph, et leur mérite n’est probablement pas égal, car deux seulement d’entre eux, l’aîné Jean-Philippe et Charles-Joseph, le quatrième, obtiennent le brevet de logement aux Galeries du Louvre, ambition suprême de tous les maîtres ouvriers d’autrefois. Le 15 octobre 1754,1e logement royal, devenu vacant, est concédé à un autre ébéniste : les fils de Boulle disparaissent de l’histoire.
Héritiers des modèles de leur père, il est probable qu’ils furent, beaucoup plus qu’on ne l’a dit, héritiers de ses talents. Les amateurs du XVIII® siècle prisaient fort leurs meubles incrustés d’écaille blonde ou d’étain poli, aux profils rehaussés de cuivres hardiment ciselés.
En 1768 une armoire de leur façon — d’une
technique un peu différente, il est vrai — figurait dans la vente
Gaignat. Cinq meubles d’appui, que le catalogue du Garde-
meuble National qualifie de “ genre Boulle ” et que des médailles, datées de 1732 et 1733, doivent faire reculer sous Louis xv, peuvent très raisonnablement leur être donnés.
Par son amour des beaux bronzes et de la marqueterie de bois de rapport — certains lui attribuent le premier emploi des placages d’essences exotiques — Charles Cressent, le plus habile ébéniste de la Régence, se rattache lui aussi à l’école de
CAISSE D HORLOGE EN MARQUETERIE, AVEC APPLIQUES DE BRONZE DORÉ. ChAtEAU de WINDSOR.